Les déportés de Frelinghien
Page créée le 8 novembre 2020 - Dernière modification de la page le 3 décembre 2020
1 : les prémices de la tragédie
 Dans le cadre de cette affaire et pour comprendre ce qui s'est passé dans les communes de Frelinghien, Comines en France ; Warneton, Kaster et Ploegsteert en Belgique, il faut d'abord se plonger dans l'étude des Archives anglaises à Kew, retrouver et traduire le rapport d'évasion d'un soldat anglais du corps expéditionnaire anglais basé en France en Belgique en 1940. Ce soldat anglais s'appelait James BLORE.

 Il était soldat  au 8ème bataillon de fusiliers du Lancashire. Technicien dans l'électrique dans le civil, il n'avait que 19 ans quand il arrive en France en 1940. 

1) Capture :
  En avril 40, ma compagnie, sous le commandement du Lt WILSON, a été rattachée à un régiment écossais à la frontière franco-belge. Le 10 mai, les Allemands sont entrés en BELGIQUE et nous avons fait mouvement vers WERVICQ. Le 12 mai, les Allemands ont attaqué notre position, et nous avons battu en retraite pendant la nuit. Nous avons continué à battre en retraite pendant les sept jours suivants, et nous avions alors atteint la FRANCE. Vers le 20 mai, le canon et le camion de ma section ont été mis hors service, et le Cpl HIGGINS, qui était aux commandes, a ordonné  au Fus. Robert NORGAN et moi-même d'aller demander  des instructions au quartier général. Mais nous nous sommes égarés et avons fini par trouver nos hommes au quartier général d'un régiment écossais. Cette nuit-là, les Allemands ont attaqué, et après environ cinq heures de combat, nous étions encerclés. Le capitaine STONE nous a ordonné de nous rendre. 
 
2) Tentative d'évasion :
  Nous avons été envoyés vers le nord par courtes étapes. Le 6 juin, nous avons atteint VALENCIENNES, et alors que nous traversions la ville, NORGAN et moi avons glissé de la colonne de marche dans une maison vide. Nous y sommes restés cachés pendant quatre jours. La seule nourriture que nous avions était de la rhubarbe et du sucre que nous avons trouvés dans la maison. 
Le 10 juin, nous avons décidé de nous diriger vers le sud, mais nous n'avions pas parcouru la distance d'une chemise lorsque nous avons été arrêtés. On nous a emmenés à MONS par le train et on nous a mis dans des baraquements où étaient logées des troupes de la  jeunesse hitlérienne, et on nous a obligés à les aider dans leur tâche de déchargement des camions, etc..... Le lendemain de notre arrivée, des prisonniers français et marocains nous ont rejoints. Nous avons ensuite été envoyés dans un camp voisin, où nous avons rencontré plusieurs prisonniers britanniques blessés. 
 
3) Evasion :
  A partir du 20 juin, nous avons marché vers le nord pendant environ 16 jours, avant d'atteindre SOISSONS, au sud de RENAIX. Nous avons de nouveau glissé de la colonne de marche et nous nous sommes cachés dans une brasserie vide. Nous avons mis des vêtements civils que nous avons trouvés là, et le même jour (vers le 6 juillet) nous avons commencé à marcher vers le nord-ouest, en espérant atteindre la côte. 
 Nous sommes passés par LESSINES, FLOBECQ, RENAIX jusqu'à un point au sud d'AUDENARDE. Nous avons traversé le canal de l'ESCAUT en passant devant une sentinelle qui gardait un pont, et sommes finalement arrivés à CASTER vers le 13 juillet. Pendant ce temps, nous vivions de enréesr données dans des fermes, et tous les légumes que nous trouvions dans les champs.   
 
4) Expériences ultérieures :
  Lorsque nous sommes arrivés à CASTER, nous sommes allés dans une maison pour manger et avons immédiatement été invités à l'intérieur et avons reçu un repas. Peu de temps après, une femme qui parlait anglais est venue nous voir et, après nous avoir interrogés de près, elle nous a ramenés avec elle dans sa maison. Nous sommes restés à cette adresse pendant 14 mois, en travaillant à la ferme. Les Allemands ont visité la maison à deux reprises, mais les deux fois, nous avons échappé à la détection. 
 
  Le 23 septembre, nous sommes partis en train pour WARNETON, où nous avons passé la nuit. Le lendemain, nous avons franchi la frontière pour entrer en FRANCE. Notre guide nous a conduits à une adresse à COMINES où nous sommes restés trois semaines.  
 
  À la fin de cette période, on nous a dit que les projets étaient tombés à l'eau et que l'organisation n'envoyait plus personne vers le sud. 
 
  Vers la mi-octobre, nous sommes retournés à CASTER sur les conseils de notre assistante, qui nous a dit qu'elle essaierait de contacter une autre organisation. Nous nous sommes remis en route avec elle au début du mois de novembre, et après avoir traversé la frontière française, nous sommes arrivés à FRELINGHEIN. Nous y avons reçu la visite de deux hommes qui nous ont dit qu'il était prévu de nous envoyer au Royaume-Uni par avion, dans quelques jours. Mais ce plan a également échoué et vers le 7 novembre, nous sommes retournés à notre ancienne adresse à COMINES. Le 23 novembre, j'ai été transféré à WARNETON, tandis que NORGAN est retourné à CASTER. 
  
 Je suis resté à WARNETON jusqu'au 23 sept 42. Ce jour-là, mon hôtesse a été arrêtée par la gestapo pour ses activités dans le mouvement clandestin. Cette fois, j'ai réussi à me cacher et je n'ai pas été découvert. Les jours suivants, un homme m'a emmené à COMINES. Je suis resté ici jusqu'en novembre 43. C'est à ce moment-là que j'ai appris que NORGAN avait été arrêté à YPRES. J'ai immédiatement quitté la maison dans laquelle je logeais et je me suis rendu à une autre adresse en ville. Le 29 novembre, j'ai été emmené par camion à WASQUEHAL où je suis resté jusqu'en septembre 44.  
 
 Le 3 septembre, les F.F.I. ont pris le contrôle de la ville. Ce fût le premier jour où j'ai osé sortir de la maison. Quelques jours plus tard, les troupes britanniques entrèrent dans WASQUEHAL. Le 13 septembre, je me suis présenté au Major DENNETT Lancashire Fusiliers et on m'a dit d'attendre les ordres. Au bout de trois semaines, je me suis présenté au camp du 39 R.H.U. On m'a emmené à ROUBAIX, où j'ai revu le Major DENNETT. On m'a dit de retourner à WASQUEHAL et de me présenter chaque jour au camp du 39 R.H.U. 
 
Quelques jours plus tard, on m'a envoyé à BRUXELLES, que j'ai quitté le 15 octobre par avion pour le Royaume-Uni.
L'orthographe, l'organisation du texte et le nom des lieux respectent le texte d'origine. 
  Les prochains chapitres vous montreront qu'il sera également rattrapé après guerre, bien involontairement,  par les conséquences de ce drame qui s'est joué pendant et après son départ précipité de Comines.

  En quittant Wasquehal après plus de 1650 jours passés à se cacher et, contrairement à environ 3 500 de ses compatriotes tous soldats britanniques, James BLORE n'aura pas eu la chance d'être exfiltré de France. Se doutera-t-il du terrible bilan suivant ? : 
  • Mr Joseph ARNOUT, forgeron, rue de l'Aventure à Frelinghien, arrêté, classé NN, déporté à DORA, mort en déportation
  • Mme Marie BOIDIN, Marchande de charbons, route de l'Aventure à Frelinghien, arrêtée, classée NN, déportée à Ravensbrück, Mauthausen, rentrée en avril 1945.
  • Mme Solange DESQUIENS, servante, habitant à Frelinghien, arrêtée, déportée à Bergen-Belsen , morte en déportation à l'âge de 23 ans, laissant derrière elle deux jeunes enfants en bas-âge.
  • Mr Louis BOIDIN, maraîcher, route de l'Aventure à Frelinghien, arrêté, classé NN, déporté à Gross-Rosen, mort en déportation. 
  • Mr Edmond SMEDTS, chauffeur, route de l'Aventure à Frelinghien, arrêté, déporté à Buchenwald, rentré en 1945
  • Mr Robert  DEMAGT, Chauffeur, rue d'Armentières à Frelinghien, arrêté, déporté à Gross-Strehlitz, mort  lors de l'évacuation du camp.
  • Mme Cécile DEMAGT-QUESTE, rue d'Armentières à Frelinghien, arrêtée, déportée à Ravensbrück, Mauthausen, rentrée en 1945
  • Mme Hélène BREL-DURNEZ habitant au 2 rue d'Ypres à Warneton Belgique, déportée à Ravensbrück, Mauthausen, rentrée en 1945. Son mari Mr Maurice BREL sera également arrêté, déporté et mourra en déportation.
  • Mr Gaston RONDELET, Chaudronnier à la centrale thermique de Comines, habitant rue de Wervicq à Comines, arrêté, déporté à DORA et mort en déportation
  • Mme Marie RONDELET-DEBREZ, habitant rue de Wervicq à Comines, arrêtée, déportée à Ravensbrück, morte en déportation, gazée le 18 février 1945.
  • Mme Elsa ALGOET habitant à KASTER en Belgique, arrêtée, déportée, rentrée
  • Mr Achille ALGOET habitant à KASTER en Belgique, père d'Elsa, arrêté, déporté et mort en déportation
  • Mme Alice ALGOET-VANDENDRIESSCHE habitant à KASTER en Belgique, mère d'Elsa, arrêtée, déportée et morte en déportation
  • Il est possible que les frères d'Elsa Camille, Gérard et Julien aient été également arrêtés.
  • Le garde-champêtre de KASTER qui avait prévenu la famille ALGOET aurait également été déporté.
  • Mr Paul ROSE, instituteur au Bizet en Belgique près d'Armentières, arrêté, déporté à DORA, mort en déportation.
  • Mr Marcel DERAMAUX, garde-champêtre au PLOEGSTEERT en Belgique, oncle de Mme Solange DESQUIENS de Frelighien, arrêté, déporté, rentré.

  L'histoire ne se terminera pas avec le seul retour des déportés. Quelques rescapés des camps de concentration se révèleront tenaces à faire condamner celui qui les auraient dénoncées et un procès à BRUGES  initiera, après guerre,  une embrouille politico-judiciaire entre l'Angleterre et la Belgique.
 2 : l'Appendix C du rapport d'évasion - les  pièces du puzzle
 Le document dénommé "Appendix C" d'un rapport d'évasion n'est pas forcément présent dans le dossier d'un soldat ou d'un aviateur. Par chance, pour James BLORE, le dossier est complet.  Le militaire, y retrace rapidement son parcours, tout en donnant les noms des personnes qui les ont aidées. 
[TRADUCTION l'APPENDIX C de son rapport d'évasion  -  Date de l'interview : 16 octobre 1944. 

   Le fusilier. NORGAN, Robert, et moi, après nous être échappés de la colonne de marche, près de RENAIX, avons atteint CASTER vers le 13 juillet 1940. Nous y avons été hébergés par Mme KONINK, OldPonsstraat, pour la journée. Elle a contacté Melle Elza ALGOET, qui habitait tout près, et la nuit, nous sommes allés chez elle. Nous sommes restés à cette adresse pendant 14 mois.  
 
   En septembre 41, nous avons reçu la visite de Mme BRELL, 2 rue d'Ypres, WARNETON, qui nous a dit que des dispositions étaient prises pour nous envoyer au Royaume-Uni. Nous sommes partis avec elle le 23 septembre en train pour WARNETON, où nous avons passé la nuit. Les jours suivants, nous avons traversé la frontière française et atteint COMINES où nous avons passé trois semaines chez Mme RONDELET-DEBREZ, rue de Wervicq.   
 
   Vers la mi-octobre, nous sommes retournés chez Mme KONINK sur les conseils de Mme BRELL, car les arrangements étaient tombés à l'eau. Début novembre, nous repartons avec Mme BRELL, qui nous fait traverser la frontière de FRELINGHIEN où nous logeons chez Mme BOEDEN. Le même jour, nous avons reçu la visite de M. ROBERT (nom de famille inconnu) et de M. Paul ROSE, qui habitait près de WARNETON. Ils nous ont dit qu'il était prévu de nous envoyer au Royaume-Uni par avion. 
  
   Mais comme ce plan est également tombé à l'eau, Mme BRELL nous a ramenés chez Mme RONDELET DEBREZ à COMINES. Nous y sommes restés jusqu'au 23 novembre, date à laquelle je suis allé chez Mme BRELL à WARNETON, tandis que NORGAN est retourné chez Melle Elza ALGOET à CASTER.   
 
   Je suis resté chez Mme BRELL pendant dix mois. Le 23 septembre 42, la Gestapo l'a arrêtée pour complicité dans le mouvement clandestin et l'a envoyée en ALLEMAGNE. J'ai réussi à me cacher et à échapper à la détection. Le lendemain, M. Paul ROSE est venu me chercher et m'a conduit chez Mme RONDELET-DEBREZ à Comines, où je suis resté jusqu'en novembre 43. A ce moment-là, j'ai appris que NORGAN avait été arrêté par les Allemands à YPRES et avait donné les noms et adresses de tous ceux qui nous avaient aidés et abrités. On m'a dit que toutes les personnes mentionnées ci-dessus avaient été arrêtées et envoyées en ALLEMAGNE.  
 
   J'ai immédiatement quitté la maison de Mme DEBREZ et je suis allé chez Mme VANPRAET, rue de la gare, COMINES. Le 29 novembre, elle m'a emmené à WASQUEHAL où je suis resté chez M. LLIERES, 5 rue d'Austerlitz, pendant les dix mois suivants. M. LLIERES a chez lui un poste de transmission qui a été utilisé de temps en temps par un capitaine du service de renseignement britannique. Il était également chargé de l'alimentation des 200 jeunes qui se soustrayaient au service de complicité. Il a fabriqué plus de 1 000 fausses cartes d'identité, et pendant que j'étais ici, on m'en a fourni une. 
    
  • La liste des aidants belges (Belgian Helpers) indique que Mr et Mme Camille DECONINK  habitaient au 2 Oude Ponstraat à KASTER alors que la famille ALGOET habitait au 7 de la même rue. Il faut donc lire Mme DECONINK au lieu de Mme KONINK.
  • Pour "Mme BRELL", il faut lire Mme BREL
  • Pour "M. ROBERT (nom de famille inconnu)", il faut lire Mr Robert DEMAGT  époux de Cécile DEMAGT-QUESTE
  • Pour  "Mme BOEDEN", il faut lire Mme BOIDIN
  • Pour Mme VANPRAET, la liste des aidants français (French Helpers) indique que Mme Victoria VANPRAET habitait après guerre au pavillon 5  de l'Energie électrique (Centrale thermique de Comines); pour la rue de la Gare, on trouve Mme Marthe ALLARD au numéro 10.
  • Mr Pierre LLERES a été également reconnu comme "French Helper", il habitait au 5 ter Rue d'Austerliz à WASQUEHAL. Il est né le 22 janvier 1895 à SAINT-LAURENT-DE-CERDANS dans les Pyrénées orientales selon les informations du Service Historique de la Défense
  • Pour "Service de complicité", il faut lire S.T.O : Service de Travail Obligatoire instauré par l'Etat Français dirigé par le Maréchal Pétain pour répondre à l'injonction du régime nazi, exigeant une aide massive dans les usines allemandes afin d'y compenser le manque de main d'oeuvre et notamment d'ouvriers mobilisés dans l'armée allemande. Dans les faits, un univers concentrationnaire déguisé. Beaucoup de jeunes Français tenteront de s'y soustraire en se cachant, en entrant dans les maquis ou en tentant de quitter la France en franchissant notamment les Pyrénées pour gagner l'Espagne et ensuite l'Afrique du Nord ou l'Angleterre.

  L'appendix C  de son SPG écrit donc le scénario du drame qui s'est joué dans ces quatre communes . Robert NORGAN se sépare de James BLORE en novembre 1942 pour rejoindre KASTER et celle qu'il épousera en 1946 à MANCHESTER en Angleterre.   

   Dès leur retour en 1945, quelques rescapés des camps de concentration se révèleront tenaces à faire condamner celui qui les auraient dénoncées et un procès à BRUGES en 1948, après deux ans d'enquête, devant une cour martiale belge juge et condamne John Robert Norgan à la prison à vie. Cette condamnation initiera une embrouille politico-judiciaire entre l'Angleterre et la Belgique. Deux blocs vont donc alors se confronter :

- Celle des Résistants et Résistantes rescapés (es) des camps de concentration qui pensent avoir acquis la certitude et suffisamment de preuves pour dire que Robert NORGAN a délibérément dénoncé tous ses hébergeurs et les aidants (tes) indirects (es).

- Celle du frère de John Robert NORGAN, de députés britanniques et d'une association de vétérans anglais qui prendront sa défense en dénonçant trois injustices : son arrestation en 1948 par les services de sécurité belges, son procès et sa condamnation, considérant que John Robert NORGAN avait "parlé" sous la torture. Le témoignage, pendant le procès, d'un des policiers de la GFP de Courtrai va également susciter de nombreuses protestations.
  
   Les archives américaines, anglaises sont désormais déclassées mais les minutes du procès difficilement consultables à Bruxelles. Des témoignages familiaux ont aussi donné d'autres éclairages. Les prochains chapitres de cet article permettront de les exposer.
 
3 : Pris au coeur de la tourmente, sans y avoir été directement impliqué : Joseph ARNOUT de Frelinghien
     Joseph ARNOUT est né le 24 mars 1908 à Frelinghien. Il était forgeron au hameau de l’Aventure à Frelinghien dans le Nord de la France. Il était père de six enfants ; Nelly née en 1933, Joseph né en 1934, Jean né en 1936, André né en 1938, Monique née en 1942 et Marguerite née en avril 1944. Joseph ARNOUT a été arrêté le 29 novembre 1944, Marguerite n’aura donc jamais connu son père. 

    Les références de son dossier de Résistant au SHD de Vincennes (Côte GR 16 P 18159) indique deux homologations : FFI et DIR (Déporté-Interné-Résistant) ; aucune homologation FFC (Forces Françaises Combattantes) ou RIF (Résistance intérieure française) ne lui a été donnée. Son dossier « French Helper » à la NARA le donne comme membre du réseau « Voix du Nord », d’autres sources le donnent comme membre du réseau « Zéro-France », réseau de renseignements d’origine belge. 

     Dès juin 1940, des embryons d'organisations parfois prémices de futures grandes filières régionales ou nationales,  virent rapidement le jour dans de nombreux secteurs des régions Nord de la France et de la Belgique. Mais ces filières manquaient parfois de contacts afin d'envoyer vers la zone libre, première grande étape avant leur retour vers l’Angleterre, des "évadés ou échappés" britanniques en errance dans les campagnes belge et française. Dans leur grande majorité, ces soldats avaient été séparés de leurs unités ou échappés des colonnes de prisonniers.

      Or, le hameau de l’Aventure à Frelinghien semble donc avoir été très actif localement dans ce domaine. Un faisceau d’informations convergeantes, issues de différentes sources ainsi que divers témoignages y donneront définitivement crédit. 

      En 1941, lorsque Jim BLORE et John Robert NORGAN arrivent au hameau de l'Aventure à Frelinghien, un groupe était déjà constitué  avec Marceau SMEDTS, chauffeur des véhicules de Marie BOIDIN, Solange DESQUIENS sa femme de ménage, son voisin Joseph ARNOUT,Louis, le frère de Marie BOIDIN et Robert et Cécile DEMAGT habitant eux, une maison isolée non loin du bourg de Frelinghien. Leurs contacts s'étaient également élargis dans les communes voisines avec Paul ROSE et Marcel DERAMAUX de Ploegsteert, Hélène BREL-DURNEZ de Warneton, Gaston et Virginie RONDELET de Comines .
 
      
 Marceau SMEDTS et Marie BOIDIN  du hameau de l' Aventure, indiquent également des contacts avec Maurice DECHAUMONT de Wambrechies. Employé à la SNCF, Maurice DECHAUMONT est arrêté le 8 décembre 1941 à son bureau à Lille, dans le cadre de l’affaire Harold COLE, soldat anglais arrêté puis retourné par la Gestapo. Quant à Maurice DECHAUMONT, dans son dossier archivé aux USA,  il  indique  qu'il est en  contact avec Hélène BREL-DURNEZ.  René HENRY de l’O.C.M de Lille (Organisation Civile et Militaire) atteste, en mai 1946, de l'appartenance d'Hélène BREL-DURNEZ à l'organisation. Maurice DECHAUMONT y ajoute sa date d’intégration par annotation manuscrite, le tout contresigné par Mr MARQUILLIES maire de Wambrechies. (1)

       Marie BOIDIN cite également Mme CAMBIER de WAVRIN comme contact. Il s’agit de Laure CAMBIER, qui habitait au 5 de la rue du Colonel Driant, de grade 5, homologuée DIR dans les références de son dossier de Résistante archivé au SHD de Vincennes. Le bulletin municipal des habitants de WAVRIN de mars-avril 2013 la met à l’honneur dans un article relatant ses activités dans la Résistance. Laure Cambier était commis de préfecture, elle est entrée en résistance dès septembre 1940 en aidant au regroupement de soldats britanniques, plusieurs fois arrêtée, incarcérée, torturée, elle échappa à la déportation par l’avance des armées alliées. (2)

        L’exposé de tous ces liens montre bien l’extrême complexité de la toile d’araignée tissée par les premières filières d’évasion composées de connaissances, d’amis, de relations, de voisins…. qui se feront reconnaître après guerre comme membres des réseaux de résistance que l’on connait aujourd’hui. 

         Lorsque James BLORE et Robert NORGAN arrivent à Frelinghien, ce n’est donc pas sur un terrain vierge de Résistance et ils sont deux parmi tous ceux qui ont déjà été aidés. Il n’est pas impossible que la récupération d’armes pour la Résistance ait été aussi une activité du groupe puisque la Gestapo parle de dépôts d’armes dans ses chefs d’inculpation. Dans son témoignage, Cécile DEMAGT indique également que son mari s’occupe des armes. Hélène BREL ramènera chez elle un revolver d'un stock d'armes présent chez Mme BOIDIN avec des munitions qui lui sont remises par Paul ROSE. 

     Comme le dit Hélène BREL-DURNEZ dans ses mémoires, Joseph ARNOUT n’était pas directement  impliqué directement dans l’hébergement de James BLORE et Robert NORGAN mais, habitant le hameau, avec un métier qui le faisait côtoyer les personnes qui y habitait, il est raisonnable de dire qu’il ne pouvait pas, à minima, ne pas être au courant des activités du groupe « BOIDIN » et selon toute vraisemblance, y participait par une aide matérielle ou logistique. Hélène BREL-DURNEZ, à son retour des camps, ajoute également : « Ce pauvre Monsieur ARNOUT ! ». 

       Il existait une relation commerciale implicite : sa forge nécessitant d’être alimentée par du charbon, Marie BOIDIN en faisait le négoce. 

      Le lundi 29 novembre 1943, Joseph ARNOUT se trouvait avec d'autres, au mauvais moment, au mauvais endroit quand la GFP de Courtrai est arrivée au hameau de l'Aventure.  

     Conduit à la prison de Courtrai avec l’ensemble des personnes arrêtées, il sera classé NN (Décret Nacht und Nebel), donc appelé à disparaître sans laisser de trace.  Aux termes de l’instruction de son dossier, l’affaire est qualifiée « d’espionnage et autres ». Il est déporté le 12 avril 1944 vers la forteresse de Gross-Strehlitz puis vers le camp de concentration de Gross-Rosen où il reçoit le matricule 81733. En février 1945, il est immatriculé 112489 à DORA. Interné au block 108, il décède le 5 avril 1945, d’une pneumonie gauche à 16 H 10, quelques jours avant la Libération du camp par les Américains. (3)

   Le 29 Février 1946, Le Lt Colonel britannique WINTERBOTTOM (I.S. 9), sur base du rapport d’un Major venu instruire le dossier d’aide au domicile de la famille ARNOUT à Frelinghien, envoie les conclusions suivantes au Major américain WHITE à PARIS.

   « M. ARNOUT s'est surtout occupé d'apporter de la nourriture à Mme BOIDIN qui a hébergé de nombreux évadés. Parmi eux se trouvait le soldat de deuxième classe Robert NORGAN. Ce dernier, après avoir quitté la maison de Mme BOIDIN, se rendit chez Mme ERGOUT (Lire Mme ALGOET) en BELGIQUE, où il fut arrêté le 29/11/1943 (4) et livra immédiatement tous ses aides. 
Une déclaration a été obtenue du Sdt NORGAN par le G.O.C Northern Command et soumise à l'A.G.3 dans laquelle il ne cache pas le fait qu'il a soumis les noms de ses aides aux Allemands. 
Témoins de l'arrestation : SMEDTS et CARLIOR (Lire CARLIER - Cultivateur et voisin de Marie BOIDIN) de Frelinghien 
OBSERVATIONS : M. ARNOUT était au domicile de Mme BOIDIN lorsque les Allemands ont procédé aux arrestations. Il a été déporté et est mort en camp de concentration. Il est une des personnes dénoncées par NORGAN bien qu'il ne lui ait pas apporté d'aide. 
NOTE : Mme ARNOUT ne croit pas que son mari soit mort et ne fait donc rien pour tenter de se procurer un certificat de décès. Je suggère que nous fassions un dernier essai au Bureau des recherches en Allemagne, avant de la rencontrer à nouveau. J'ai demandé à Mme BOIDIN, une de ses amies, d'essayer de la rapprocher le plus possible de la réalité. »
  (5)
Sources :
(1)
(2)
(3)
(4)
(5)
4 :Solange DESQUIENS, la convoyeuse vers COMINES
   Solange DESQUIENS est née le 4 mai 1922 à Armentières. Elle est la fille d’Alphonse DESQUIENS et de Maria DERAMAUX. Maria est la sœur de Marcel DERAMAUX de Ploegsteert, arrêté avec Paul ROSE dans le cadre de la même affaire. 

   Elle travaille comme servante chez Mme BOIDIN et selon le témoignage de Cécile DEMAGT (1), elles ravitaillaient à moto les époux RONDELET qui ne pouvaient avoir la charge, seuls, de les nourrir. « Mme BOIDIN, avec son négoce de charbon, troquait sa marchandise rare contre du ravitaillement tout aussi rare. »

  Les références de son dossier de Résistante au SHD de Vincennes indiquent deux homologations FFI et DIR (Côte GR 19 P 180572) et selon Mr Laurent THIERY, historien à la Coupole, elle est reconnue membre du réseau « VOIX DU NORD » par DUMEZ un de ses fondateurs.
 

   Son dossier « French Helper » archivé à la NARA comporte les feuillets suivants : 
  • Une lettre à Monsieur Alphonse DESQUIENS qui l’informe que les Alliés fournissent une aide financière pour ses deux orphelins en reconnaissance des services rendus à la Cause Alliée par sa fille, services qu’elle a payé du sacrifice supréme de sa vie. 

  • Un fiche bilan indiquant qu’elle a été arrêtée le 20 mars 1943, qu’elle n’était pas mariée mais vivait avec H…….. G…………. .Elle était mère de deux enfants nés en 1942 et 1943. Ce rapport comporte deux nombreuses erreurs car le militaire chargé de ce bilan et qui  le rédige confond Mme Marie BOIDIN de Frelinghien avec Mme Marie BOIVIN de FISMES dans la Marne (Membre du réseau POSSUM, dénoncée par un jeune Français, arrêtée, déportée et morte en déportation). La traduction respecte le texte original notamment l'absence de son prénom  et de sa civilité :

    • « DESQUIENS était femme de ménage dans la maison de Mme BOIVIN de FISMES. Mme BOIVIN a abrité le S/Sgt H.KLEIN (E&E 192) et le T/Sgt John M.DESROCHERS (E&E 193) et plus tard 2 aviateurs britanniques ; le Sdt Robert MORGAN et le Sdt Jean BLORE (SPG 2644). Ces deux derniers aviateurs ne sont pas mentionnés dans le questionnaire de BOIVIN. Dans le questionnaire de DESQUIENS, il est indiqué que DESQUIENS a été arrêtée parce qu'elle se trouvait dans la maison de BOIVIN lorsque Mme BOIVIN a été dénoncée par MORGAN. Cependant, M. BOIVIN déclare que sa femme a été arrêtée le 27 avril. 44 sur la dénonciation de la famille JEUNET et ne mentionne pas MORGAN. Comme Solange DESQUIENS était enceinte au moment de son arrestation, elle n'a été arrêtée que lorsqu'elle a eu son bébé. Les témoins de l'arrestation des DESQUIENS sont les BOIVIN et Mme DEMAGT. Aucune confirmation d'E&E. Pas de confirmation des coauteurs. La famille est pauvre, il est urgent que quelque chose soit fait pour les enfants parce que l’homme qui en est le père n’a plus donné de ses nouvelles depuis le mois de juin – probablement 1945. Il y a une attestation d’un aumônier qui a assisté DESQUIENS dans ses dernier moments à BERGEN BELSEN, le 30 avril 1945. Un exemplaire est dans la procédure d'obtention d'un certificat de décès auprès de la Maison des Prisonniers, 95 , rue du Molinel, Lille (Nord). Document approuvé par le Capitaine S. MAYEAUX».  (2)

  • Au final, une erreur de gestion entre deux dossiers mais avec des faits bien réels pour chacun d’entre eux. 

  • Une note qui suggère d’écrire à Mr Emilien BOIVIN de FISMES lui demandant confirmation de l’arrestation de DESQUIENS et pour obtenir les nom et adresse de la personne qui est en charge des deux enfants de DESQUIENS. Une seconde lettre à Mme Veuve Cécile DEMAGT, 5 Rue d’Armentières à Frelinghien (Nord) pour lui demander une confirmation.  

  • Une lettre en date du 15 février 1946 du Major JF WHITE (Un nom régulièrement retrouvé dans de très nombreux dossiers d'Aidants  français puisque le Major WHITE commandait le service américain instruisant les dossiers des « French Helpers, basé à l’hôtel Majestic, rue Lapérouse à PARIS) à Madame Marie BOIDIN : 

    • « Afin de compléter nos dossiers, nous serions extrêmement obligés de bien vouloir nous indiquer quelles étaient, à votre connaissance, les activités clandestines de Mademoiselle DESQUIENS, employée à votre service, et qui fut déportée en Allemagne où elle est décédée. »  (2)

  • Une lettre de recommandation du Lt Colonel britannique WINTERBOTTOM de l’I.S. 9 en date du 11 novembre 1946 pour une pension en faveur de Réginald Alfred DESQUIENS (âgé de 3 ans) et de Alain Alphonse DESQUIENS (âgé de deux ans) de Frelinghien. Comme pour Joseph ARNOUT, à un détail près et non des moindres, cette lettre indique que le soldat NORGAN a été interrogé par le G.O.C Northern Command. 

    • «Une déclaration a été obtenue du Sdt NORGAN par le G.O.C. Northern Command, et soumise à l'A.G.3 (c), dans laquelle il ne salue pas le fait qu'il ait soumis les noms de ses aides aux Allemands. Cependant, il déclare qu'il ne l'a fait qu'après avoir été sévèrement battu. Melle DESQUIENS est arrêtée avec son employeur en novembre 1943. Elle a été libérée deux jours plus tard, car elle était enceinte. Après la naissance de l'enfant, le 31 janvier 1944, elle est à nouveau arrêtée le 20 mars 1944 et déportée en Allemagne, où elle meurt le 30 avril 1945. L'aumônier de la prison MORVILLIER certifie qu'il a assisté à son décès le 30 avril 1945 à Bergen-Belsen. Melle DESQUIENS était mère de deux enfants bien que non mariée. Le père est inconnu, mais les enfants sont reconnus officiellement par leur mère comme l'indique l'acte de naissance dans le dossier. Le paiement suggéré serait une responsabilité anglo-américaine. Comme Melle Solange Desquiens était une femme de ménage, ses deux enfants orphelins doivent être considérés comme des personnes à charge indigentes. »  (2)

  • Un questionnaire rempli par Alphonse DESQUIENS, père de Solange DESQUIENS décédée, en date du 6 mai 1946 et envoyé au Major WHITE à Paris. Monsieur DESQUIENS indique qu’elle habitait au 13 Cité du bon coin à Frelinghien et confirme la date d’arrestation du 20 mars 1944. 
Sources :
(1)
(2)
    Comme le dit Hélène BREL -DURNEZ dans ses mémoires (1) , le secrétaire-policier Christian WIEGAND de la GFP de Courtrai semblait devoir accorder beaucoup d'importance à ce dossier pour faire arrêter une seconde fois Solange DESQUIENS  et la faire déporter ensuite à Bergen-Belsen non sans l'avoir fait passer par les prisons de Courtrai,  Brandenburg-Görden,  Bruxelles  Saint Gilles, Cologne, Gross Strehlitz  et les camps de concentration de Ravensbrück, Mauthausen et de Bergen-Belsen.

   On peut aussi insister sur l'importance du fait que les Britanniques et les Américains ont été extrêmement vigilants à remercier et à dédommager toutes les personnes qui avaient aidé à l'exfiltration de leurs ressortissants entre 1940 et 1944. Pascale et Jean Marie VIENNE de Quesnoy sur Deûle qui étudient précisément ce dossier, arrivent à un total de 9 111 782 francs de l'époque (chiffres novembre 2020). L'étude porte sur environ 15% des 22 000 dossiers soit 1 183 440 euros avec une conversion de la valeur du franc 1945 ou 774 050 euros avec une conversion de la valeur du franc 1946.
(1)
Sources :
5 : Edmond SMEDTS,  le chauffeur de Mme BOIDIN
   Il  est né le 21 février 1898 à Armentières de parents tisseurs. Il se marie le 2 juin 1919 à Houplines avec Irma Jeanne CHOQUERIAUX née en 1896. Il décède à Armentières le 1er mai 1962 (1).

  Son dossier « French Helper » archivé à la NARA précise qu’il a un enfant âgé de 24 ans en 1945 tandis que son  dossier de résistant archivé au SHD de Vincennes indique deux homologations F.F.C. et D.I.R ainsi  que deux appartenances à des réseaux de Résistance : "Voix du Nord" et "Pat O'Leary".


   Marcelle, la fille du couple Smedts-Choqueriaux, est née à Châlons-sur-Marne (2). Edmond et Irma ont sans doute choisi Châlons-sur-Marne car le frère aîné d'Edmond, Fernand né en 1897 à Armentières, y habitait avec sa femme (3) .Le couple a eu plusieurs communes de résidence : Deulémont, Quesnoy sur Deûle (Hameau du XXème siècle et maisons provisoires), Châlons-sur Marne, Frelinghien (Cité Faucheur), Houplines. Quand la famille vivait à Houplines, c'était au 104 de la rue Voltaire : Edmond était le passeur du bac, la Lys étant juste au bout de la rue et Irma tenait le café.   Au dénombrement de 1936, il se déclarait charretier chez Carlier (110 rue Voltaire - marchand de charbon). Il n'était sans doute pas passeur du bac à temps complet.  (4)

    En 1939, il habitait au hameau de l’Aventure à Frelinghien et Edmond était alors chauffeur chez Marie BOIDIN. 

   Il a été arrêté le lundi 29 novembre 1943 par la Gestapo de Courtrai chez Marie BOIDIN.

  Dans son dossier NARA, il  indique qu'il a convoyé dans Frelinghien et quelques fois jusqu’à Béthune et Douai, 7 ou 8 soldats hébergés par Mme BOIDIN, il cite également Mr et Mme DEMAGT de Frelinghien, Mr DECHAUMONT de Wambrechies, Mr et Mme BREL de Warneton, Mr Paul ROSE de Ploegsteert ainsi que Mr et Mme RONDELET de Comines. 

  Déporté en avril 1944 vers Cologne puis Gross-Streilhitz et Buchenwald, il fût libéré le 23 avril 1945 par les Américains. Hospitalisé, il fût rapatrié le 4 juin 1945. C’est depuis PARIS, le 22 octobre 1945 qu’il fût interviewé par les enquêteurs américains. 
 
  Il précise aux enquêteurs américains que la gestapo lui a confisqué tous ses biens.  

A la fin de 1941, Edmond Marceau  SMEDTS signale à Hélène DURNEZ qu'il pourrait y avoir une possibilité de ramener James BLORE et John Robert NORGAN en Angleterre. Il a un ami militaire qui possède un avion civil et il serait capable de les prendre en charge. (5)

  Cette possibilité d'exfiltration semble techniquement et opérationnellement diffiicile à réaliser. L'idée même d'un tel projet parâit être de l'ordre des "rumeurs et bruits qui circulaient" mais on retrouve également cette rumeur dans le dossier "French Helper" de Lucien WILLEMAIN de Marquette lez Lille (tué en décembre 1944 pendant la bataille de Colmar). Lucien WILLEMAIN était  en contact avec Maurice DECHAUMONT de Wambrechies. L'épouse de Mr WILLEMAIN explique, dans ce dossier établi en 1945, qu'un petit avion de tourisme était encore présent dans les hangars de l'aérodrome de Bondues et dont le pilote aurait été capable de réitérer un premier exploit en le faisant décoller, de nuit, au nez et à la barbe des Allemands qui occupaient alors le terrain. Fort peu probable.

   Par contre, l'exfiltration des deux soldats britanniques par TOUFFLERS et ROUBAIX envisagée par Mr et Mme RONDELET de COMINES pouvait être parfaitement envisagée puisque de nombreux soldats britanniques avaient pu retourner en Angleterre en passant par ABBEVILLE PARIS TOURS TOULOUSE MARSEILLE PERPIGNAN. Le parcours d'évasion se terminant par le passage des Pyrénées. Les couples DEMAGT et RONDELET étaient donc probablement en contact avec le douanier MARC et sa fille Raymonde adjointe de Joseph DUBAR à partir de 1942. Joseph DUBAR était le chef du réseau ALI-FRANCE spécialisé dans la transmission de renseignements et l'évasion. 
(2)
Sources :
(1)
(3)
(4)
(5)
6 : Marie et Louis BOIDIN
    Mme Marie BOIDIN, fille de Emile, cantonnier, et Elise Desreumaux, est née le 16 novembre 1899 à Frelinghien. Elle s’est mariée le 18 mai 1927 à Frelinghien avec Léon Joseph LOGIE, charpentier au dénombrement de 1911 place de l’église, rentier à Quesnoy sur Deûle, né le 19 août 1863 à Quesnoy sur Deûle et veuf en premières noces de Jeanne Célestine Marie Dassonville (née en 1862 à Vieux-Berquin et décédée le 18 mars 1926). Marie BOIDIN est décédée le 23 décembre 1981 à Lille. (1)

    Louis BOIDIN, son frère, né le 18 mars 1903 à Frelinghien. Arrêté pour espionnage, il décèdera à Gross-Rosen le 25 janvier 1945 après être passé par les prisons de Courtrai, Brandeburg-Görden, Saint-Gilles Bruxelles, Cologne, Gross-Strehlitz. Comme sa soeur, il sera classé NN. (Côte GR 16 P - 67429 au SHD de Vincennes). Il a été homologué FFC (Réseau "VOIX du NORD") et DIR. (2) 

    Marie est également homologuée FFC et DIR (Côte GR 16 P - 67480 au SHD de Vincennes : LOGIE épouse BOIDIN Albertine). Pour ce dossier, elle est rattachée au réseau PAT O’LEARY. 
   
    Dans son dossier « French Helper » archivé à la NARA aux USA , elle déclare le 26 juin 1945 qu’elle est veuve sans enfant et qu’elle a un commerce de négoce de charbon.


ACTIVITES
J’ai logé deux soldats anglais appelés James BLORE et John Robert MORGAN (orthographe du rapport *) de la fin du mois de juillet jusqu’octobre 1941. I ‘ai aidé d’autres soldats anglais durant toute la guerre. Je fus dénoncée et déportée. Je viens juste de rentrer d’Allemagne le 1er mai 1945 où j’étais depuis le 29 novembre 1943 Les deux soldats anglais avaient été envoyés par Madame BREL de Warneton (Belgique). Madame BOIDIN donna de la nourriture à environ 20 soldats anglais qui étaient logés par ses amis. Elle remit aussi des colis à ceux qui avaient été arrêtés et déportés comme prisonniers de guerre en Allemagne. Elle fut dénoncée par Robert MORGAN après son arrestation. Elle fut arrêtée le 29 novembre 1943, internée à Courtrai, Bruges et déportée en avril 1944 à Cologne, dans la forteresse de Reinbach, puis Ravensbrûck et Mauthausen. Elle fut libérée le 22 avril 1945 et rapatriée par la Suisse.

Elle a travaillé avec
Madame BREL, 2 rue d’Ypres à WARNETON (Belgique) 
Madame CAMBIER de WAIVRIN (Nord) (Lire commune de WAVRIN)
Mr Paul ROSE, déporté, décédé. 
Adjudant STRUYFT Léon du Ministère de la guerre à BRUXELLES.  (Hélène BREL-DURNEZ parle de Léon STRUYE du réseau BEAVER-BATON)

Le grade 4 est proposé parce qu’elle a été arrêtée. Dans le questionnaire daté ou classé le 15 octobre 1945. Elle donne son frère Albert BOIDIN comme plus proche parent.  Elle indique qu’elle fait partie du groupe de Résistance VOIX DU NORD

Comme autre aidante « Helper », elle cite Mme DEMAGT à Frelinghien qui a logé trois aviateurs. 

Le SPG 2644 (Rapport d’évasion) du Soldat G.A. BLORE 3349492 confirme qu’il a été hébergé et nourri chez Mme BOIDIN ainsi que MORGAN (*) En remarques, Marie BOIDIN indique que les Allemands ont pillé sa maison. Elle a besoin d’un camion pour continuer son commerce. Peut-être un camion benne de 5 tonnes pour le charbon. 
        M WITTET, l’enquêteur, ajoute : « Des photos horribles d'elle à son retour de déportation - cas très méritant. » 


   Selon le témoignage d’Hélène BREL-DURNEZ (3) avec Marie BOIDIN et Edmond SMEDTS, ne voyant rien bouger de leurs tentatives de procès contre John Robert NORGAN,  ils font paraître le texte ci-dessous. La date est inconnue, probablement après 1946 puisque le mariage d'Elza ALGOET et de John Robert NORGAN y est évoqué : 

   "L’épuration est loin d’être parfaite. Les faits ci-dessous le prouvent. Ce serait à peine croyable si des chiffres et des noms ne parlaient pas d’eux-mêmes. 
   En juin 1940, un soldat anglais se réfugie chez des civils pour éviter l’emprisonnement. C’est d’ailleurs pour une histoire de femme qu’il reste dans la région. Or, arrêté par les Boches en 1943, il dénonce volontairement quarante personnes. Précisons, accompagné de la Gestapo, il va de maison en maison accuser ses sauveurs. Bilan : quarante déportés dans les camps de déportation. Onze n’en reviendront pas : 
Mme et Mr Rondelet Gaston de Comines-France ; 
Demagt Robert, de Frelinghien ; 
Arnoult Joseph, de Frelinghien père de six enfants ; 
Desquiens Solange de Frelinghien, mère de deux enfants ; 
Rose Paul, Bizet-Ploegsteert (Belgique) ; 
Mme et Mr Algoet, de Caester, près de Courtrai (Belgique) 
Vertischelle Firmin, de Caester. 
    On est toujours sans nouvelles de : 
Boidin Louis de Frelinghien ; 
Brel Maurice, de Warneton (Belgique). 
   Comble d’inconscience et d’hypocrisie, ce soldat sans honneur revient à la frontière belge, épouse sa complice ! et personne n’ose s’indigner tout haut car il est roitelet du village.  
    Il s’agit d’un petit industriel : Bob Norgan, demeurant à Caester, près de Courtrai-Belgique. Qu’attendent la Military Police anglaise ?, les consulats ?.....et le Comité national de la Résistance ? 
                                        [signé] Boidin Marie, Smets Marceau, déportés ; « L’Aventure », Frelinghien "


    Or, John Robert NORGAN a été convoqué une première fois au début du mois d'avril 1946 devant le parquet militaire belge, et entendu  à Ypres avant que le dossier ne soit envoyé au parquet militaire de Bruges. Il avait été, également déjà déclaré innocent, par deux tribunaux anglais des faits de dénonciation de trois prénoms féminins parmi ses "Helpers" à la police allemande. Faits qu'il avait spontanément avoués en septembre 1945 à son retour des camps de prisonniers. Plus tard, son frère H.Robert NORGAN précisera également au député LEVER de Manchester :

"En décembre 1946, mon frère a été accusé publiquement devant un tribunal public à Courtrai. C'est peut-être à ce moment-là qu'il a été placé en liberté conditionnelle après avoir donné sa parole qu'il ne chercherait pas à s'enfuir......Il a donné sa parole et l'a tenue...... sa femme aurait été tenue pour responsable s'il s'enfuyait...."(4) 

   Ce que ne savent probablement pas Hélène DURNEZ, Marie BOIDIN et Edmond Marceau SMEDTS au possible moment de la parution de  leur courrier commun. 


    Marie BOIDIN est nommément citée dans un document anglais  (4)  et notamment dans le second rapport du Wing Commander TERRELL, très critique sur la compétence de  la Cour Martiale Belge qui a jugé Norgan. Le Commandant Thomas TERRELL avait été mandaté par l’Ambassade Britannique de Bruxelles ou par le FOREIGN OFFICE à Londres pour enquêter sur le cas de ce sujet britannique. Le second rapport porte la date du 16 octobre 1948, donc quelques mois après la condamnation à la prison à vie de John Robert NORGAN à Bruges. Il indique l'avoir établi après discussion avec les avocats de NORGAN et précise dans le paragraphe sur les faits :

« Les principaux témoins à charge à savoir Mme BOIDIN et le chef de la Police allemande WEYGAND, sont très suspects. Mme BOIDIN était soupçonnée de ne pas être un véritable membre de la Résistance et il est curieux que les preuves démontrent qu’elle a été, peu après les incidents évoqués, libérée de prison et son poste de radio lui a été rendu….. »

    Le Commandant TERRELL avait-il vraiment vérifié toutes les informations ? Cela semble difficile à croire. Il met également au même niveau de non-crédibilité le policier de la Gestapo et Marie BOIDIN. Détail d’autant plus embarrassant que le 27 juin 1951, le frère de Robert NORGAN fait la proposition suivante au Député de Manchester, Leslie LEVER, du Comité de soutien à NORGAN :

« Je suis tout à fait certain qu’une lettre à Thomas TERRELL, avocat britannique, qui a beaucoup travaillé sur cette affaire, sera sans doute capable de donner des informations complètes sur la libération conditionnelle de mon frère….. » . (4)

    Le nom et les travaux de TERRELL étaient donc connus de la famille NORGAN. Quelques jours plus tard, le 4 juillet, Leslie LEVER, dans une très longue lettre à Mr Kenneth YOUNGER, Ministre britannique des Affaires Etrangères, exige la libération immédiate de NORGAN. 
(4)

    Thomas TERRELL donnera dans ce long rapport du 16 octobre 1948, de nombreuses clés pour comprendre ce qui s’est réellement passé entre le 27 octobre 1943, date d’arrestation de Robert Norgan et le 29 novembre 1943, date d’arrestation de Marie BOIDIN et de tous les aidants des deux soldats anglais. 
 
    Se trouvaient donc chez Marie BOIDIN, à son domicile, le lundi 29 novembre au matin : Solange DESQUIENS, Joseph ARNOUT, Louis BOIDIN et Edmond SMEDTS et peut-être Monsieur CARLIER, cité comme témoin de l’arrestation de Joseph ARNOUT.  
Sources :
(1)
(2)
(3)
(4)
7 : Cécile et Robert DEMAGT
     Robert DEMAGT est né le 13 août 1905 à La Chapelle d’Armentières dans le Nord, marié à Cécile QUESTE, née le 29 avril 1907 à Bresles dans l’Oise. Ils s’installent à Frelinghien en 1934.

« Nous occupions un charmant petit pavillon isolé entre la Lys paresseuse et la route nationale. Un petit élevage occupait nos loisirs . » (1)
   
    Paul et Elvire, parents de Robert, vivent avec eux. Ils ont une fille, Geneviève née le 19 janvier 1928. Le frère de Paul DEMAGT, Raoul tenait une droguerie avec son épouse Angèle au 31 Rue Paul Bert à Armentières.  L'Etat-Civil de Metz affiche dans ses publications du 12 mars 1927 : DEMAGT Robert Lionel François, sergent au 11ème régiment d'aviation et QUESTE Cécile-Madeleine à Bresles (Oise)

    Robert DEMAGT a un dossier de Résistant archivé au SHD de Vincennes (Côte : GR 16 P 172892). Il a été homologué FFC (Réseau SHELBURN) et DIR. Cécile, son épouse, a également un dossier de Résistance archivé au SHD de Vincennes (Côte : GR 16 P 495336 / QUESTE ép. DEMAGT Cécile). Elle a été Homologuée FFC (Réseau GLORIA SMH). Il a probablement été membre ou proche du réseau ZERO-FRANCE/ALI-FRANCE. Il connaissait  Gaston RONDELET de Comines-France qui appartenait à ce réseau. 

     Robert DEMAGT , classé NN, a été emprisonné à Courtrai, Brandenburg-Görden, Bruxelles Saint Gilles et Cologne puis déporté Gross-Strehlitz. Cécile DEMAGT-QUESTE, également classée NN, a été emprisonnée à Courtrai, Brandenburg-Görden, Bruxelles Saint-Gilles et Cologne puis déportée à Gross-Strehlitz, Ravensbrück et Mauthausen, Elle est rentrée le 22/04/1945 de Mauthausen, libérée par la Croix-Rouge  (2)Cécile DEMAGT-QUESTE est décédée à Compiègne le 9 août 1993 (3).
 
      Robert DEMAGT a été abattu par les SS avec un groupe de retardataires lors de l'évacuation de Gross-Strehlitz vers Buchenwald (4). Le dossier NARA des époux DEMAGT  comporte un volet britannique et un volet anglais et donne également des précisions sur les causes de sa mort. 

Le 29 novembre 1943, Mr et Mme Robert Demagt furent arrêtés par la Gestapo de Courtrai. Ils furent confrontés avec Mme Boidin, Mr Arnout, Mr Rondelet, Melle Desquiens et Mr Smedts avec le Pte NORGAN (Soldat anglais) qui les avait dénoncés. Une déclaration a été obtenue du Pte NORGAN par le G.O.C et soumise à l' A.G.3 dans laquelle il admet avoir donné les noms de ses aides aux allemands. Madame a été déportée le 09/04/1944 à Ravenbruck puis à Mauthausen. Elle fut rapatriée le 01/05/1944.  

Madame ne connait pas le nom du camp où son mari a été déporté. Un déporté rentré a signalé sa présence dans un convoi qui quittait la Silésie, mais battu au sol car il ne pouvait plus marcher. Cet homme ajouta qu'il restait une petite chance pour qu'il soit aux mains des Russes. Monsieur est décédé le 7 avril 1945. Ils recevaient les pilotes de Mme BREL déportée également
(5)

Dans un second document du Lt. Colonel WINTERBOTTOM de l'IS9 (Grande Bretagne) du même dossier, on précise que : 

La mort de Mr Robert Demagt, au début de 1945, a été attestée par Mr Omer JARBINET de SWET en Belgique. Mr et Mme DEMAGT travaillait avec Mme BOIDIN. Leur tâche était de convoyer des évadés de la frontière belge vers COMINES. En novembre 1943, Mr et Mme DEMAGT furent arrêtés par la Gestapo. Ils furent plus tard confrontés avec Mme BOIDIN et les autres membres de l'organisation avec le Pte NORGAN. Il est évident ("obvious") que Pte NORGAN les a tous dénoncés. Comme M. DEMAGT était chauffeur, nous estimons que sa veuve devrait se voir attribuer "C.R Catégorie" (5)

Mme Demagt indique qu'elle a remis les aviateurs américains au café de la Gare à Armentières à une professeure d'un lycée. Elle ajoute Saint Omer sans en être certaine. (6) 
Sources :
(1)
(2)
(3)
(4)
(5)
(6)
Cécile DEMAGT témoigne (1) :

    "En 1940, mon mari, ancien aviateur, est mobilisé à la base de Caen. La campagne terminée, il rentre dans ses foyers et essaie de passer en zone libre. Peine perdue, il doit rebrousser chemin, se planquer, se faire oublier. 
     
    Nous apprenons qu'une certaine résistance s'organise dans le patelin. De fil en aiguille,du fait de Mme Marie Boidin, négociante en charbon, nous y avons été enrôlés. Mon mari s'occupe des armes. Mon rôle était de faire passer la frontière à Frelinghien aux soldats alliés. Nous sommes en relation avec des résistants de Toufflers
(liens avec le douanier Georges MARC déjà cité plus haut) . On trouve toujours à placer ces infortunés."

     Je me souviens particulièrement d'avoir fait passer  deux soldats anglais prisonniers qui s'étaient évadés du convoi qui les emmenait à Liège. Ce sont Jim BLORE et Robert NORGAN.  Chez moi, je leur offre une tasse de café bien chaud. Vers 17 heures, je les conduis chez Marie Boidin. Comme nous habitons à l'extrémité du village et  Mme Marie BOIDIN en pleine campagne, le transfert s'est effectué à l'abri des curieux. Ils y sont restés un mois. Je les ai repris et emmenés chez Mr et Mme Rondelet à Comines-France , Mme Boidin nous avait prêté sa voiture et son chauffeur Marceau DESMET.  Nous ne pouvions laisser à la charge de la famille Rondelet, seule, la charge de les nourrir. Comme Mme BOIDIN était négociante en charbon, elle avait toute facilité pour troquer sa marchandise rare  contre du ravitaillement tout aussi rare. Solange DESQUIENS et moi-même, nous chargions, à la tombée du jour et à moto,de les pourvoir. Au bout de trois mois, une filière les prend en charge. James BLORE établit ses pénates chez Mme BREL-DURNEZ de Warneton tandis que Robert NORGAN s'en va rejoindre la fille de la ferme de KASTER , c'est à dire Elsa, sa future épouse dont le rôle par la suite, ne fut pas brillant du tout...... 
   

    James BLORE ne voulant plus retourner à KASTER , il implore Mme Hélène BREL de le garder chez elle. Une cache avait été spécialement préparée dans les toilettes de leur maison de Warneton (2)


     .......Il fut promis à Bob Norgan que s'il dénonçait toutes ces personnes qui l'avaient hébergé, toute la famille Algoet serait libérée. Ce ne fut qu'un leurre.

    Le dimanche 28 novembre 1943, Bob NORGAN, sous bonne garde, il a repéré toutes les maisons amies de Belgique, de Comines France et de Frelinghien.

    On sait désormais qu'il y eût, pas une, mais deux reconnaissances préalables. Lors de la première, Norgan était accompagné de SOUKEN, l'un des policiers de la GFP. Il avait été même envisagé de la faire en bicyclette, mais WEYGAND déconseilla cette solution. La seconde se fit le dimanche 28 novembre avec Paul ROSE dans l'une des voitures.

    Le lendemain, dès sept heures, la maison est encerclée par dix-sept fridolinss armés jusqu'aux dents. Mon mari essaie de s'enfuir en passant la Lys, il est arrêté par deux soldats qui faisaient le guet près du garage et, c'est les menottes aux poings, qu'il nous est revenu. Pendant ce temps, deux soldats allemands m'ont accompagnée jusque dans ma chambre à coucher sans se soucier d'effrayer les beaux-parents encore couchés ainsi que ma petite fille. Ils m'ont passé les menottes. 

   Nous avons rejoint une camionnette qui stationnait sur la route précédée et suivie de voitures dans lesquelles les molosses aboyaient haineusement. Nous ignorions les raisons pour lesquelles nous étions arrêtés, nous allions l'apprendre bientôt et douloureusement. 

    Mr et Mme RONDELET sont également embarqués;  il nous est interdit d'échanger la moindre parole. Par le mica de la bâche, je me suis rendue compte que nous étions revenus à Frelinghien. Marie BOIDIN nous rejoint. C'est alors que j'ai pu apercevoir Bob Norgan dans l'une des voitures accompagnatrices. Depuis un an, nous avions perdu sa trace car nous avions quitté Mme Boidin pour aller travailler avec Pouille à Armentières. 

    Le témoignage de Mme Demagt permet de retrouver l'ordre des arrestations. Elles commencèrent par Frelinghien, continuèrent par Comines  pour revenir par Frelinghien. Il n'est peut-être pas à exclure qu'une seconde équipe de la GFP de Courtrai ait opéré le même jour pour les arrestations de Marcel DERAMAUX à Ploegsteert et de Maurice BREL à Warneton avec la présence de Paul ROSE dans une des voitures du convoi. Seul, Marcel DERAMAUX indiquera la présence de son ami Paul ROSE dans une des voitures, lors de son arrestation.


Le calvaire
  Nous sommes emmenés  à  la Kommandantur de COURTRAI et emprisonnés. Pendant un mois, nuit et jour, nous avons subi interrogatoires diaboliques et bastonnades sadiques devant l'Anglais infâme qui nous contredisait sans cesse donnant aux Allemands les renseignements les plus fallacieux, les plus farfelus.

   Lors d'une de ces entrevues, prise de rage, je lui ai flanqué une paire de gifles bien appuyée. En retour, j'ai été généreusement servie, les bourreaux m'ont décollé une oreille et c'est le visage sanguinolant que je suis rentrée en prison.

  Nous sommes restés à COURTRAI jusqu'à la Noël. On nous a emmenés à BRUGES pour un interrogatoire plus poussé par le commandement de la place. Notre affaire devait donc être sérieuse !.........

........Après huit mois d'incarcération à Bruges, nous avons pris le chemin de la prison de Saint Gilles à Bruxelles; mes compagnes et moi-même n'y sommes restés que quatre jours.

   Hélène BREL-DURNEZ, déjà incarcérée à la prison Saint-Gilles, apprendra la nouvelle de  l'arrivée de Cécile DEMAGT et de Marie BOIDIN par d'autres détenues. Solange DESQUIENS n'est pas citée par Hélène BREL (2)


Dans des wagons à bestiaux, nous avons pris la direction de l'Allemagne.........../  .......GROSS-STERLITZ. Ensuite ce fut RAVENSBRÜCK dans des conditions infernales. Avec l'avancée des troupes alliés, je fus ensuite déplacée à MAUTHAUSEN où les conditions furent encore plus inhumaines. .....  
   .......J’étais aussi avec Solange DESQUIENS, arrêtée six semaines après la naissance de son fils, à GROSS-STRELITZ, RAVENSBRÜCK et MAUTHAUSEN. Nous avons supporté notre calvaire ensemble. Solange, très malade, atteinte par la gangrène, a été envoyée à BERGEN-BELSEN où elle est décédée des suites d'une terrible dysenterie.........  Louis BOIDIN a dû mourir à GROSS-ROSEN emporté par le typhus. Victime du hasard, il ne s'occupait de rien. J’ai rencontré une fois, Mme BREL chez Mme BOIDIN. A la prison de COURTRAI, J’ai pu entrer en contact avec Marcel DERAMAUX, Paul ROSE de Ploegsteert ainsi que Maurice BREL de Warneton. 

   Selon Hélène DURNEZ-BREL, la communication sa faisait par messages écrits sur de petits bouts de papier qu'on trouvait dans les paillasses et qui passaient  par les détenues qui travaillaient dans la lingerie ou les cuisines. Ce bâtiment de la prison bruxelloise offrait des possibilités de "boîtes aux lettres" entre les quartiers "Femmes" et les quartiers "Hommes" de Saint-Gilles. (2)

Je me rappelle très bien de l'arrogance de Robert NORGAN pendant ses interrogatoires au tribunal à BRUGES. Il fumait des cigarettes, toujours rares à l'époque, et croquait ostensiblement du chocolat. Il devait avoir la conscience bien racornie.
Par la dénociation écoeurante de l'Anglais, nous avons été arrêtés à dix-sept, cinq sont revenus de l'enfer. Je reste la seule survivante de Frelinghien." 

     Ce premier vrai témoignage comporte un certain nombre de points qui pourront être comparés plus tard avec ceux retrouvés dans un rapport des documents archivés à KEW en Angleterre. Elle indique également que Geneviève DE GAULLE fut une de ses compagnes à Ravensbruck. Les habits de déportée de Cécile Demagt sont conservés et exposés au centre d''Histoire de LA COUPOLE à Saint -Omer.
Sources :
(1)
(2)
8 : Marcel DERAMAUX
Histoire de Marcel DERAMAUX et de Jeanne PAUWELS - Texte de Pierre MAES, un de leurs  petits-enfants
    Marcel Deramaux naquit le 29 mars 1911 à Warneton dans la rue de Rossignol (La Hutte). Il est le petit dernier d’une famille de huit enfants. Sa sœur aînée a vingt-trois ans de plus que lui et son neveu Alfred est de 1911 comme lui. 
 
     Pendant la première guerre mondiale, leur maison étant située en plein cœur du front entre les Anglais et les Allemands, toute la famille fuit d'abord à Nieppe chez Arthur et Mathilde Vanholme. Elle est ensuite évacuée dans le Calvados pour fuir les bombardements. 
 
    Au retour de la guerre, tout n’est plus que ruines. Le père de Marcel ne s’en remettra jamais, il aura travaillé toute sa vie pour, à la fin, ne plus rien avoir. La reconstruction commence… En attendant, toute la famille vit dans des baraquements. 
    Pour sa grande communion, son père lui offre une montre avec ses initiales gravées derrière. Ils vont la chercher ensemble à Ypres… à pied. 
 
    Le cinq octobre de l’année 1923, son père meurt après avoir été malade trois jours. A l’âge de douze ans, Marcel n’a déjà plus de père. Le banquet du mariage prévu pour sa sœur Madeleine, servira pour l’enterrement et le mariage fut remis de huit jours. 
     
 
    En 1929, il quitte la maison familiale pour s’engager dans l’armée. Après cette période dans l’armée, il loge chez le général Pierret à Bruxelles avec pour tâche de s'occuper de son cheval. 
 
    Un beau jour de 1932, en promenant le cheval, il fit connaissance de Jeanne, sa future épouse. A chacune de leurs rencontres,  elle donnait un sucre au cheval. Un jour, le général passant à cheval au même endroit, ne comprit pas pourquoi le cheval s'y était arrêté ! Un rendez-vous, sans le cheval,  fut fixé à la ducasse de Sterrebeek et,  en 1934, le 27 octobre précisément, Marcel et Jeanne se marièrent à la mairie puis à l'église Saint-Pancrace de Crainhem (Nom actuel : Kraainem).  La maman de Marcel ira en train à Bruxelles pour le mariage et les parents de Jeanne tuèrent le cochon pour l'occasion. Le jeune couple va d'abord habiter rue des Palmiers à Wolumé-Saint-Pierre. Le 17 septembre 1935, leur première fille Denise naissait à la clinique Baron-Lambert d’Etterbeek.  En 1936-37, ils déménagèrent au 185 Avenue des Volontaires à Etterbeek. 
 
   Le quinze février 1937, la mère de Marcel décède. Ils achètent une radio avec l’argent de l’héritage. Le dix janvier 1938, ils reviennent habiter à Ploegsteert, d’abord Rue du Romarin, puis dans la rue de Messines, six mois du côté gauche en direction de Messines, puis au n° 53 de l’autre côté. 
 
    Le onze janvier 1938, Marcel est nommé garde-champêtre à Ploegsteert. La déclaration de la guerre changera beaucoup de choses. En mai juin 1940, les Allemands avancent très vite et encerclent les Alliés qui se dirigent alors vers Dunkerque. Les Alliés arrivant à la frontière, pensent qu'ils sont près de Dunkerque et abandonnent alors leurs camions avec victuailles et matériel dans les bois de Ploegsteert. Les habitants, rationnés, allaient se servir de ces victuailles. Marcel et Jeanne ne pouvaient pas le faire car Marcel y était garde champêtre. Mais très vite, ils se ravisèrent et sont revenus avec du sucre semoule, une caisse remplie d'outils et du bully beef ! 

    Dès Juillet 1940, Marcel adhéra au groupe "Voix du Nord", dont Madame Marie Boidin avait la direction pour la région. En 1941, Marcel et Jeanne hébergèrent des soldats anglais et Marcel les aida à franchir la frontière en vue de rejoindre l'Angleterre.  Cette année-là, Marcel fut arrêté pour de petits faits et déporté à Merxplas près d'Anvers pendant 3 mois. 
 
   Marcel avait déjà une voiture à cette époque. Celle-ci fût démontée et cachée afin qu'elle ne soit pas réquisitionnée par les Allemands. C'est le Dr Vanandruel qui l'aura à prêter par la suite. 
 
    L'un des deux anglais hébergés, John Norgan, est arrêté en Belgique en 1943. Il dénonce tout le groupe, décrit tout dans les moindres détails, et, le matin du 29 Novembre 1943, Marcel est arrêté par la G.F.P. allemande de Courtrai (en même temps que tout le groupe français de la résistance Voix du Nord dans la région de Frelinghien).

     Les Allemands sont rentrés par les portes de devant et de derrière. Leur fille Denise déjeunait alors dans la cuisine. Marcel niait tout, Jeanne se tenait devant la porte qui menait à la pièce de devant dans laquelle se trouvaient des documents compromettants. Denise pleurait et un soldat allemand demanda à ce qu'elle s'arrête de pleurer. Jeanne dit alors à sa fille : « Le soldat demande à ce que tu arrêtes de pleurer mais crie encore plus fort !!!» 

     Paul Rose se trouvait dans la même voiture. Marcel est d'abord passé par les les prisons de Courtrai, Bruges et Bruxelles. 
 
    Jeanne allait en vélo jusqu'à Ypres pour prendre le train pour se rendre à Courtrai ou à Bruges, afin de lui fournir du linge propre. Elle ne le verra jamais mais croisera un jour Paul Rose dans les couloirs sans oser le regarder ni lui parler, ce qui aurait pu lui causer sa perte. Elle a pu glisser la photo de la fille de Paul Rose dans un paquet de linge, qui était née une semaine après son arrestation. (Marcel certifiera, plus tard, que Paul eût la photo) 

    Après être passé par les prisons allemandes de Belgique, Marcel est ensuite déporté en Allemagne dans les camps de Gross Rosen, Gross Strélitz et Ravensbruck.  Essentiellement des camps de travail.  Deux à trois jours de train furent nécessaires pour faire le trajet Bruxelles – Gross Rosen.
 
    En arrivant il y eut la sélection puis la douche. Ils devaient ensuite se mettre par ordre alphabétique su la place d'appels. Leur  travail consistait à ramasser des pierres dans des carrières. 

    Le matin, alignés sur la place, il y avait l'appel et s'il manquait un seul homme, tous devaient rester debout pendant des heures sans bouger. A Gross Strelitz, Marcel était tourneur, André Dujardin l'a suivi au dernier moment. Paul Rose n'avait déjà plus la force de suivre. Il partit pour Dora où il trouva la mort. 

    Marcel trouva un seau et commença à peindre, un allemand lui a dit « Schön ! » . S'en suivirent de longs mois de travail et de famine. Le repas principal n'était qu'une soupe, plutôt un bouillon avec quelques morceaux de légumes et pommes de terre. 
 
    Pendant ce temps-là, Jeanne devait se débrouiller pour vivre. Elle faisait beaucoup de couture en confectionnant des manteaux avec des couvertures.  Elle fraudait du tabac en vélo avec sa fille Denise. Un jour, elles se firent arrêter par les gendarmes. Jeanne dit alors à sa fill : « Roule vite jusqu'à la maison ». Jeanne dut suivre les gendarmes mais sera vite relâchée car elle n'avait rien sur elle. Denise avait tout le tabac sur son vélo. 
 
    Libéré en mai 1945, Marcel participe aux marches de la mort, dans la zone de jonction entre les armées américaines et russes et trouve un seau avec des œufs, affamé, il en prend un et manque de se faire abattre. 

    En suivant les Américains, avec ses camarades, ils découvrent un cheval abattu sur la route, le découpent et en cuisent un morceau dans une boîte à biscuits. 

    Il arrivera quelque temps après à Bruxelles en train en wagon à bestiaux, il était convaincu que son épouse était retournée chez ses parents, mais celle-ci n'avait jamais osé partir de Ploegsteert. Elle attendait la fin de la guerre. S'il ne rentrait pas, elle serait retournée chez ses parents. A Bruxelles, Marcel passa d'abord chez son beau-frère Louis et demanda des vêtements propres à sa belle-sœur Henriette (Tante Iette ou Teten) 
 
    Le 24 mai 1945, un voisin de Ploegsteert, Emile Debacq, entendit le nom de Marcel à la radio, (on diffusait alors les noms de toutes les personnes libérées et par quel train ils étaient rappatriés).  On l'annonce dans un convoi arrivant à la gare de Courtrai.  Jeanne et plusieurs personnes, dont Abel Rotsaert,  sont montées dans plusieurs voitures et sont parties en direction de Courtrai. Il fallut acheter 21 tickets de quai. Marcel est descendu du train avec un chapeau et une veste en velours.   Arrivés à Ploegsteert, avec un drapeau belge sur le capot d'une des voitures, une grande foule s'était réunie sur la place suite à son retour. Après 18 mois sans nouvelles, Marcel était enfin revenu mais avec de  profonds  traumatismes : 
 
   Le quinze février 1937, la mère de Marcel décède. Ils achètent une radio avec l’argent de l’héritage. Le dix janvier 1938, ils reviennent habiter à Ploegsteert, d’abord Rue du Romarin, puis dans la rue de Messines, six mois du côté gauche en direction de Messines, puis au n° 53 de l’autre côté. 
 
    Le onze janvier 1938, Marcel est nommé garde-champêtre à Ploegsteert. La déclaration de la guerre changera beaucoup de choses. En mai juin 1940, les Allemands avancent très vite et encerclent les Alliés qui se dirigent alors vers Dunkerque. Les Alliés arrivant à la frontière, pensent qu'ils sont près de Dunkerque et abandonnent alors leurs camions avec victuailles et matériel dans les bois de Ploegsteert. Les habitants, rationnés, allaient se servir de ces victuailles. Marcel et Jeanne ne pouvaient pas le faire car Marcel y était garde champêtre. Mais très vite, ils se ravisèrent et sont revenus avec du sucre semoule, une caisse remplie d'outils et du bully beef ! 
    Dès Juillet 1940, Marcel adhéra au groupe "Voix du Nord", dont Madame Marie Boidin avait la direction pour la région. En 1941, Marcel et Jeanne hébergèrent des soldats anglais et Marcel les aida à franchir la frontière en vue de rejoindre l'Angleterre.  Cette année-là, Marcel fut arrêté pour de petits faits et déporté à Merxplas près d'Anvers pendant 3 mois. 
 
   Marcel avait déjà une voiture à cette époque. Celle-ci fût démontée et cachée afin qu'elle ne soit pas réquisitionnée par les Allemands. C'est le Dr Vanandruel qui l'aura à prêter par la suite. 
 
    L'un des deux anglais hébergés, John Norgan, est arrêté en Belgique en 1943. Il dénonce tout le groupe, décrit tout dans les moindres détails, et, le matin du 29 Novembre 1943, Marcel est arrêté par la G.F.P. allemande de Courtrai (en même temps que tout le groupe français de la résistance Voix du Nord dans la région de Frelinghien).
     Les Allemands sont rentrés par les portes de devant et de derrière. Leur fille Denise déjeunait alors dans la cuisine. Marcel niait tout, Jeanne se tenait devant la porte qui menait à la pièce de devant dans laquelle se trouvaient des documents compromettants. Denise pleurait et un soldat allemand demanda à ce qu'elle s'arrête de pleurer. Jeanne dit alors à sa fille : « Le soldat demande à ce que tu arrêtes de pleurer mais crie encore plus fort !!!» 
     Paul Rose se trouvait dans la même voiture. Marcel est d'abord passé par les les prisons de Courtrai, Bruges et Bruxelles. 
 
    Jeanne allait en vélo jusqu'à Ypres pour prendre le train pour se rendre à Courtrai ou à Bruges, afin de lui fournir du linge propre. Elle ne le verra jamais mais croisera un jour Paul Rose dans les couloirs sans oser le regarder ni lui parler, ce qui aurait pu lui causer sa perte. Elle a pu glisser la photo de la fille de Paul Rose dans un paquet de linge, qui était née une semaine après son arrestation. (Marcel certifiera, plus tard, que Paul eût la photo) 
     Après être passé par les prisons allemandes de Belgique, Marcel est ensuite déporté en Allemagne dans les camps de Gross Rosen, Gross Strélitz et Ravensbruck.  Essentiellement des camps de travail.  Deux à trois jours de train furent nécessaires pour faire le trajet Bruxelles – Gross Rosen.
 
    En arrivant il y eut la sélection puis la douche. Ils devaient ensuite se mettre par ordre alphabétique su la place d'appels. Leur  travail consistait à ramasser des pierres dans des carrières. 
    Le matin, alignés sur la place, il y avait l'appel et s'il manquait un seul homme, tous devaient rester debout pendant des heures sans bouger. A Gross Strelitz, Marcel était tourneur, André Dujardin l'a suivi au dernier moment. Paul Rose n'avait déjà plus la force de suivre. Il partit pour Dora où il trouva la mort. 
     Marcel trouva un seau et commença à peindre, un allemand lui a dit « Schön ! » . S'en suivirent de longs mois de travail et de famine. Le repas principal n'était qu'une soupe, plutôt un bouillon avec quelques morceaux de légumes et pommes de terre. 
 
    Pendant ce temps-là, Jeanne devait se débrouiller pour vivre. Elle faisait beaucoup de couture en confectionnant des manteaux avec des couvertures.  Elle fraudait du tabac en vélo avec sa fille Denise. Un jour, elles se firent arrêter par les gendarmes. Jeanne dit alors à sa fill : « Roule vite jusqu'à la maison ». Jeanne dut suivre les gendarmes mais sera vite relâchée car elle n'avait rien sur elle. Denise avait tout le tabac sur son vélo. 
 
    Libéré en mai 1945, Marcel participe aux marches de la mort, dans la zone de jonction entre les armées américaines et russes et trouve un seau avec des œufs, affamé, il en prend un et manque de se faire abattre. 
    En suivant les Américains, avec ses camarades, ils découvrent un cheval abattu sur la route, le découpent et en cuisent un morceau dans une boîte à biscuits. 
    Il arrivera quelque temps après à Bruxelles en train en wagon à bestiaux, il était convaincu que son épouse était retournée chez ses parents, mais celle-ci n'avait jamais osé partir de Ploegsteert. Elle attendait la fin de la guerre. S'il ne rentrait pas, elle serait retournée chez ses parents. A Bruxelles, Marcel passa d'abord chez son beau-frère Louis et demanda des vêtements propres à sa belle-sœur Henriette (Tante Iette ou Teten) 
 
    Le 24 mai 1945, un voisin de Ploegsteert, Emile Debacq, entendit le nom de Marcel à la radio, (on diffusait alors les noms de toutes les personnes libérées et par quel train ils étaient rappatriés).  On l'annonce dans un convoi arrivant à la gare de Courtrai.  Jeanne et plusieurs personnes, dont Abel Rotsaert,  sont montées dans plusieurs voitures et sont parties en direction de Courtrai. Il fallut acheter 21 tickets de quai. Marcel est descendu du train avec un chapeau et une veste en velours.   Arrivés à Ploegsteert, avec un drapeau belge sur le capot d'une des voitures, une grande foule s'était réunie sur la place suite à son retour. Après 18 mois sans nouvelles, Marcel était enfin revenu mais avec de  profonds  traumatismes : 

- déformation et raideur au coup de pied droit 
- bronchite chronique 
- dysenterie 
- rhumatisme 
 
    Marcel pesait 105kg quand il est parti et 45kg en revenant. 
 
    Le père de Jeanne, Va, était malade et triste de savoir son gendre dans les camps de concentration et de savoir que sa fille était toute seule loin de chez lui. Il aura la chance de revoir Marcel juste avant qu’il ne décède le onze juillet 1945. 
 
   En rentrant des camps de concentration, Marcel et ses amis des camps s'étaient promis de se retrouver tous les ans et de faire un pèlerinage dans la première église qu'ils verraient en rentrant en Belgique. Ce pèlerinage s'est fait tous les jeudis de l'ascension en la Basilique de Chèvremont ! Et ce, jusqu’à ce qu'il n'y ait plus  de survivants. 
 
   Jeanne a tellement eu peur pendant la guerre, notamment quand le soldat allemand Hans lui a couru après dans le chemin mitoyen, que  son sang s'empoisonna. De ce fait, elle avait les doigts, les mains et les jambes gercées qu'elle devait constamment bander.  Le Docteur Vanandruel lui dit alors que d'être enceinte l'aiderait à guérir.  Elle le fut quand leur fille Josée est née en 1946, le 18 septembre.  Trois autres enfants suivront mais ne vivront que quelques mois. 
 
   Le premier octobre de la même année, ils s’installent à l’Hostellerie de la Place. Jeanne, en cuisine, assurant les banquets de mariages, enterrements, la fête de Sainte-Cécile, etc... Marcel se lança également dans les assurances à ce moment-là. 
 
    Le sept avril 1947, il devient échevin de la commune de Ploegsteert.  Le premier mai 1950, il rentre dans la Mutualité Chrétienne.  En 1971, à l'âge de 60 ans, il décide de se retirer de tout. Il se sentait déjà diminué et voulait aussi profiter de ses 4 petits-enfants (à l'époque). En 1975, ils fêtent leurs 40 ans de mariage pendant 1 semaine. 
 
    Avec les années, la santé de Marcel déclina en raison des traumatismes subis pendant ses 18 mois de déportation. Souffrant notamment  de diabète, il perdait la vue. Son épouse Jeanne apprit alors  à conduire à plus de 60 ans. 
 
    Marcel s'en alla le dimanche 14 août 1977 à neuf heures à l'âge de 66 ans.  Jeanne vécut jusqu'à 104 ans et 10 mois et s'en alla le 27 avril 2018. 




     Pierre MAES (Octobre 2020)

   La grand-mère de Pïerre MAES, aujourd'hui disparue, connaissait la date exacte de la présence de Jim BLORE et John Robert NORGAN à son domicile.  La reprise de toutes  les dates et informations contenues dans les divers témoignages va nous permettre de la retrouver. Les éléments connus sont les suivants :  

- Jim BLORE et Robert Norgan arrivent en juillet 1940 à KASTER après leur évasion de la colonne de prisonniers. (1)
- A deux reprises, ils quitteront KASTER pour être pris en charge par la Résistance française pour leur exfiltration. (2)
- John Robert NORGAN, interrogé en prison le 17 novembre 1950 par Le Commissaire belge  BOISSIER de la Sureté d'Etat, déclare : "J'ai quitté deux fois la famille ALGOET, la première fois, c'est en août 1941, avec Blore..." (3) alors que Hélène BREL-DURNEZ dit dans ses mémoires "Au début de 1941...".(4)
- Marie BOIDIN précise qu'elle a hébergé  les deux soldats de juillet à octobre 1941. (5)
- A la fin 1941, Edmond Marceau SMEDTS signale à Hélène DURNEZ qu'il existerait une nouvelle possibilité afin qu'ils puissent regagner l'Angleterre. (4)
- Cécile DEMAGT indique en novembre 1943 qu'elle avait perdu la trace de NORGAN depuis plus d'un an. (5)
- Interrogée par la gendarmerie d'ANZEGEM le 11 novembre 1950, Elza ALGOET déclare que son mari est resté chez elle sans interruption de juin 1940 à octobre 1943. (3)

   Malheureusement, certaines dates sont imprécises et quelques déclarations sont hors du champ des possibilités, notamment la dernière.  Il est nécessaire de reprendre le rapport d'évasion de Jim BLORE afin de retrouver la bonne chronologie.

ANNEE 1940 :

Jim BLORE et John Robert NORGAN arrivent à KASTER le 13 juillet 1940

ANNEE 1941 :

Première tentative : les deux soldats arrivent le 23 septembre 1941 chez Mme BREL à Warneton et repartent vers KASTER  à la mi-octobre après avoir été hébergés une première fois chez Mr et Mme Rondelet à Comines-France. Cette tentative échoue car il était prévu de les convoyer vers ROUBAIX et le réseau ALI-FRANCE/ZERO-FRANCE de Joseph DUBAR. Or, la filière roubaisienne est partiellement coupée par de nombreuses arrestations. Jean Baptiste LEBAS, maire de Roubaix et membre de ce réseau, avait été arrêté le 2 septembre 1941. Plus généralement, dès 1942, les services secrets anglais demandent aux responsables des grands réseaux d'évasion de ne plus chercher à exfiltrer les simples soldats, mais en priorité les aviateurs dont la RAF a cruellement besoin. Une hiérarchie est alors  instaurée : Aviateurs, personnel médical..... De nombreux soldats anglais resteront ainsi cachés jusqu'en 1944 en France et en Belgique. 

Seconde tentative : les deux soldats arrivent de KASTER le 7 novembre 1941 en passant par Ploegsteert chez Mr et Mme DERAMAUX et, après un bref passage chez Mr et Mme DEMAGT, sont ensuite hébergés chez Marie BOIDIN pendant environ 15 jours. Cette seconde tentative ayant également échoué, le 23 novembre 1941, Jim BLORE demande à être hébergé chez Mme BREL. John Robert NORGAN repart seul à KASTER rejoindre sa fiancée ELSA.

ANNEE 1942 : 

Jim BLORE dit être resté jusqu'au 23 septembre 1942 chez Mme BREL. C'est sa seule erreur de date. Hélène BREL est arrêtée le 20 juillet 1942 et il ne peut donc plus être présent  à son domicile le 23 septembre. Jim BLORE quitte sa cachette après l'arrestation de son hébergeuse. Il est retrouvé dans le cimetière de Warneton  par Paul ROSE qui l'emmène pour un deuxième  séjour chez Mr et Mme RONDELET à Comines.

ANNEE 1943 :

Le 28 octobre 1943, la famille ALGOET et John Robert NORGAN sont arrêtés à KASTER par la GFP de Courtrai. 

Paul ROSE est arrêté  le 17 novembre 1943 également  par les mêmes policiers.

Le lundi 29 novembre 1943, Jim Blore qui vit chez Mr et Mme RONDELET depuis plus de 15 mois, réussit à se cacher dans la propriété voisine alors que les policiers de cette même GFP de Courtrai cernent leur domicile pour les arrêter.  C'est donc la deuxième fois qu'il échappe de peu à une arrestation. Cécile DEMAGT  peut donc affirmer qu'elle n'avait plus de nouvelles de NORGAN depuis plus d'un an.


    Dans son long témoignage (6), Hélène BREL-DURNEZ semble aussi confondre les deux périodes de passage à Warneton et Comines de Jim BLORE et John Robert NORGAN  tout en donnant de précieuses informations sur des faits qui se sont déroulés avant et après son arrestation.

    Marcel DERAMAUX est dans la liste des "Belgian Helpers", reconnu donc après guerre avec une reconnaissance anglaise.  Son dossier d'enquête devrait être archivé aux USA à la NARA. 
     
Sources :
(1)
(2)
(3)
(4)
(5)
(6)
9 : Paul ROSE
    Pendant la première guerre mondiale, la ligne de front  passant par Ploegsteert, sa famille, originaire de cette commune, avait été évacuée  en France dans le Calvados et c'est à Caen que Paul Alphonse Désiré Rose est né le 13 décembre 1917. Il sera le troisième enfant d'une fratrie de quatre.

      Il est nommé instituteur en 1937 à l'école du Bizet. Mobilisé en 1940, il est fait prisonnier et libéré à la fin de la même année.  Il
 se marie le 3 janvier 1943 avec Esther VANDENBERGHE de Warneton. De cette union, naîtra Marie-Paule le 8 décembre 1943. Elle ne connaîtra jamais son père. 

    Dès 1941, il entre en Résistance et c'est dans un inventaire du
CEGES (désormais CEGESOMA - Centre d'Etudes et de Documentation Guerre et Sociétés contemporaines à Bruxelles) (1) que des informations précises sont données sur l'engagement de Paul ROSE en Résistance 

NOTE BIOGRAPHIQUE
Fernand, Victor, Julien STRUBBE est né à Ypres, le 17 juin 1921. Sentant venir la Guerre, il interrompt ses études et entre à l’armée le 1er septembre 1939 comme volontaire de carrière au 3ème régiment d’infanterie, dans le but de servir comme officier d’aviation. Le 10 mai 1940, sa préparation à l’examen de sous-officier n’étant pas terminée, il est évacué vers la France. ...../...... Fait prisonnier et interné en Allemagne, il sera renvoyé en Belgique à la fin juillet 1940. En août 1941, toujours désireux de servir dans l’aviation, il entre en contact avec Paul ROSE, indicatif 13.121, collaborateur de Georges MARC, agent Ali 99, secteur S 1, du réseau Ali-France. Le premier prétend pouvoir le faire passer en Angleterre mais lui demande de rester en Belgique et de collaborer au sein de ce service de renseignement où, dit-il, il sera plus utile. Il accepte, décide de rester en territoire occupé et, afin d’augmenter son rendement, quitte la maison paternelle d’Ypres pour se fixer à la côte, malgré qu’il soit dépourvu de l’autorisation exigée par les autorités occupantes. Il y travaillera sous l’indicatif S1.188.1  
 
Fernand STRUBBE, Geheime Oorlog, 40/45, De Inlichtings- en Aktiediensten in België, Tielt, Lanoo, 1992.Traduction française par Michel TELLER: Services secrets belges, 1940-1945, Bruxelles, Union des  Services Services de Renseignement et d’Action, 1997. 
 
Dès cet instant il fournit des renseignements divers, dont un concernant un objectif situé à Ypres et qui sera bombardé par la R.A.F. le 28 octobre 1941. Georges MARC est arrêté en décembre 1941. En quête d’un autre moyen pour transmettre ses informations, STRUBBE rejoint en mars 1942 le service Luc-Marc avec Paul ROSE. Il deviendra VN/U et Paul ROSE VN/U/13. Il ne cesse d’élargir le champ de son activité et, à la Libération, il couvre, avec son groupe, la plus grande partie des deux Flandres et certains points des départements français du Nord et du Pas-de-Calais. Son groupe comprend alors quelque 265 chefs de section, agents, sous-agents, et indicateurs. Les renseignements qu’il transmet englobent toute l’activité ennemie, notamment : effectifs et identification des mouvements de troupes allemandes, renseignements sur l’activité des agents ennemis en territoire occupé, défenses côtières et intérieures, aérodromes, DCA, V 1, dépôts et ateliers de réparation, trafics routier, ferroviaire et fluvial, renseignements industriels et économiques, etc... 




     On sait grâce aux divers témoignages connus sur les modalités de prise en charge de Jim BLORE et de John Robert NORGAN que Paul ROSE fut très présent dans toutes les étapes de leur double passage en France.

- Grâce à  Monsieur SOETE de Courtrai (2), la famille ALGOET entre en contact avec Hélène DURNEZ et Paul ROSE
- Il guide les deux soldats vers le domicile de son ami Marcel DERAMAUX
- On le trouve chez Marie BOIDIN afin de lui remettre des munitions pour l'arme cachée par Hélène DURNEZ
- Après l'arrestation d'Hélène DURNEZ, il retrouve Jim BLORE et le mène chez les RONDELET à Comines...etc...
 
      On sait aussi, grâce à l'inventaire des archives cédées au CEGES, qu'il fut également très actif dans le réseau ALI-FRANCE puis dans le réseau VN/U. Ce réseau belge dirigé par Fernand STRUBBE  aurait donc pu être démantelé après l'arrestation de Paul ROSE le 17 novembre 1943. Cela ne semble pas le cas puisque Fernand STRUBBE est encore très actif à la Libération en septembre 1944.

    A n'en pas douter, Paul ROSE aura subi des interrogatoires extrêmement "musclés" de la part des policiers de la GFP de Courtrai et manifestement il ne parle pas, préservant ainsi la survie du réseau VN/U.

     Dans un rapport du 30 juin 1948 envoyé au Consul de Grande Bretagne à Anvers, Maître Victor SABBE, avocat à Bruges, écrit : (un soin  particulier a été pris pour reprendre exactement chaque mot et signe de ponctuation du document original tapé à la machine à écrire, en français) 

"Monsieur le Consul Général, 

J’ai bien reçu vos lettres du 25 juin avec les documents qui étaient joints et essayerai de vous donner satisfaction en faisant suivre ci-après un rapport sur les éléments essentiels de la cause. 

Je ne suis personnellement pas intervenu dans le choix d’un conseil à Bruxelles et si les familles Algoet et Norgan ont consulté Me Etienne Van Parys, ce fut à leur propre initiative. Personnellement, je n’avais pas l’avantage d’avoir précédemment plaidé avec ce confrère, qui parait-il, serait cependant qualifié pour s’en occuper avec succès. 

J’ai d’autre part examiné les documents que vous m’aviez transmis et en ferai le meilleur usage quoique la plupart de ces pièces émanant de la famille Norgan, ne sont que des témoignages dans sa propre cause. 

Ci-après, le rapport dont question plus haut. Les trois éléments qui ont particulièrement retenu l’attention du conseil de guerre pour admettre la culpabilité de Norgan sont 

1) Les témoignages de plusieurs rescapés (croix dans la marge et mot souligné) qui ont été confrontés par la Police Allemande avec Norgan, lors de leur arrestation et qu’ils prétendent qu’ils pourraient conclure des questions qui leur étaient posées par les allemands, ainsi que l’attitude de Norgan, que c’était ce dernier qui les avait dénoncés. Norgan semblait jouir d’un régime de faveur recevant des cigarettes et du chocolat des Allemands. 

De plus la femme du nommé Roosen (Lire Paul Rose), qui de même que Norgan, a été conduite par les allemands par la route d’évasion pour indiquer les maisons où les anglais avaient passé et reconnaître les personnes y habitant, a prétendu que lors de la visite le même soir que son mari a pu faire chez elle, sous la garde des allemands il a prétendu que c’était Norgan qui avait dénoncé toute la chaîne. Ce qui est certain c’est que Norgan avait été amené par les allemands et qu’il a déclaré reconnaître les gens où il a été amené. 

Le Conseil de guerre s’est appuyé également sur certains témoignages qui ont affirmé que Norgan a été amené dans la maison de certains détenus et qu’il y avait indiqué alors une cachette où précédemment on avait gardé des armes et des documents secrets.
 
A l’audience, les rescapés de camps de concentration tous sont venus témoigner qu’ils ne sauraient de science personnelle ou bien indirectement que le délateur avait été Norgan, ce qui a inévitablement impressionné le conseil de guerre. 
 
C’est en se basant sur ces donnés et d’autres détails que le conseil de guerre a estimé posséder des éléments suffisants pour déclarer Norgan coupable et vu les conséquences graves de la dénonciation comme puisqu’il y a eu un nombre important dans les camps de concentration l’a condamné à la détention perpétuelle. 

Comme vous le constaterez le rapport attire votre attention sur les éléments accusateurs alors qu’ils se trouvent au dossier de nombreuses élément qui permettront de néantir ou de mettre fortement en doute les accusations. C’est ainsi qu’il n’est pas exclu que la dénonciation a été faite par le nommé Roosen (Lire Paul ROSE), pour se disculper avait déclaré ensuite que c’était Norgan qui l’avait fait. 

Ce qui pourrait prouver l’exactitude de cette hypothèse c’est puisque que Roosen (Lire Paul ROSE) connaissait bien la route sur la chaîne d’évasion alors que Norgan ne s’y serait jamais retrouvé. Sans doute, reste il que Norgan a fait devant la Police anglaise une déclaration, lors de son retour à la Libération, dont une copie se trouve au dossier dans laquelle il dit qu’il a accusé aux allemands avoir été caché chez trois personnes successivement dont il cite les prénoms, telle que la liste est rédigée, on peut considérer que cette déclaration a été faite spontanément et sans aucune nécessité. Mais Norgan explique que cette déclaration a été incomplète parce qu’on n’a pas interrogé sur les points, mais qu’il avait du compléter cette phrase en disant que les Allemands connaissaient déjà ces noms, il lui ont sous menace demandé de confirmer qu’il avait bien été caché là-bas.....
  (3)

   Les erreurs de frappe présentes à de nombreux endroits du courrier de cet avocat, l'absence de ponctuation dans quelques paragraphes et quelques phrases mal construites laissent  supposer que ce seul document en langue française retrouvé dans les Archives anglaises de Kew, est probablement une traduction du courrier original. L'original n'ayant pas été retrouvé dans les documents consultés.

   Tout en prenant avec précaution les écrits de Maitre SABBE, il est clairement indiqué que la piste de la dénonciation par Paul ROSE n'aurait pas été explorée correctement lors du procès de John Robert NORGAN et laisse également sous-entendre que l'épouse de Paul ROSE aurait été emmenée avec son mari pour reconnaître la route d'évasion de John Robert Norgan. L'avocat savait-il qu'Esther ROSE-VANDENBERGHE était enceinte en novembre 1943; sa fille naîtra trois semaines plus tard. Pour rappel, Solange DESQUIENS qui attendait également un enfant, est arrêtée le 29 novembre puis libérée le 30 ou 31 novembre 1943. Elle sera à nouveau arrêtée, emprisonnée puis déportée deux mois seulement après la naissance de son second fils. Maître SABBE prétend également que NORGAN aurait été incapable de retrouver sa route sans une aide extérieure. 

    Dans ce rapport, on peut aussi noter que l'avocat oublie d'évoquer les causes de l'arrestation de Paul ROSE. Mais indirectement, il pointe sur un élément important du dossier. Comment comprendre que Paul ROSE ait été arrêté douze jours avant le reste du groupe d'aidants ?

    Le 10 octobre 1948, Le Wing Commander Thomas TERRELL s'entretient avec John Robert NORGAN à la prison Saint-Gilles à Bruxelles où il est alors détenu. Son rapport d'entretien ne suit malheureusement pas l'ordre chronologique des déclarations, il mélange informations reçues le jour de cet entretien, informations recueillies le 6 février 1948 lors de l'interrogatoire de NORGAN par la police belge à Bruges et  déclarations faites par celui-ci pendant son procès de mai 1948 à Bruges. De plus, TERRELL ne met pas en évidence quelques incohérences dans les déclarations de John Robert NORGAN, facilement identifiables par un reclassement par dates. 

     Dans son paragraphe sur le droit, qui précède celui les faits, il conteste d'abord la compétence du tribunal militaire de Bruges pour juger NORGAN et déclare qu'il aurait fallu le remettre aux autorités britanniques afin qu'il soit jugé, pour trahison, par la Cour centrale criminelle de Londres.

     Dans son préambule sur les faits, TERRELL écrit :

"En 1943, à la suite d'une perquisition par les contrôleurs belges de l'alimentation, Norgan fut arrêté par les Allemands avec toute la famille Algoet, y compris sa fiancée, Elza. Quelques 3 semaines plus tard, la police allemande a rendu visite à de nombreux Belges et Français qui avaient à un moment ou à un autre caché ou logé Norgan et Blore. Avec la police, dans des voitures séparées se trouvaient Norgan et Paul Roose (maintenant mort). Il semble que Roose (Lire Paul ROSE) était pieds et poings liés mais Norgan était libre." (3)

    A aucun moment dans son rapport, comme Maître SABBE, il ne s'étonnera de la date d'arrestation de Paul ROSE. 

    Lorsqu'il est interrogé dans les premiers jours qui ont suivi son arrestation, John Robert NORGAN indique qu'il ne dit pas qu'il est Anglais. Il répond aux Allemands en "patois" flamand qu'il connaît bien. Il déclare avoir été interrogé nuit et jour et refuse de donner les noms des membres du groupe de résistance; noms qui lui sont "fortement" demandés. Frappé, mal nourri, il finit pas dire qu'il est Anglais. On le laisse tranquille plusieurs jours puis on le matraque, on le bat de nouveau alors qu'il est attaché sur une chaise. Les menaces d'abattre Elza, s'il ne parlait pas, ont alors été proférées. Elle serait libérée s'il dénonçait ceux qui l'avaient aidé à s'échapper.

       Les Allemands ont donc appris qu'il était fiancé avec Elza, ce que ne relève pas TERRELL. Il ne s'interroge pas non plus sur le fait que NORGAN ne fait pas prévaloir, dès son premier interrogatoire, son statut de prisonnier de guerre.

       Ne pouvant plus supporter la tension, il accepte de parler et admet avoir donné les noms et adresses de trois personnes dont Madame BOIDIN et que ces personnes lui ont fourni un logement. Tout en ayant avoué avoir donné noms et adresses, NORGAN déclare en février 1948 : "Je n'ai pas dit aux Allemands que j'étais allé en France. Je ne sais pas qui a dit cela aux Allemands." (3) 

     Très mal en point, NORGAN dit qu'il est envoyé ensuite à "l'hôpital de la Gestapo" de Courtrai. On l'autorise alors à s'entretenir avec Elza ALGOET.

      Aucune date n'est précisée mais les nombreuses déclarations qui suivront, seront liées au nom de Paul ROSE. Nous sommes donc au point bascule de l'enquête. Quel est également l' évènement qui a déclanché l'arrestation de Paul ROSE ?. Evènement  qu'on peut situer pendant les journées d'interrogatoire où NORGAN a donné trois noms et adresses de ses aidants. Les policiers auraient-ils fait le lien avec d'autres arrestations survenues plus d'un an plus tôt dont notamment celles d'Hélène BREL-DURNEZ ? A ce jour, seul un nom sur les trois est connu , celui de Marie BOIDIN. Selon quelques témoignages recueillis en Belgique, il semble fort peu envisageable, voire impossible, comme ce fut le cas pour le réseau VN/U, que Paul ROSE ait pu dénoncer ensuite les autres membres du groupe qui avaient aidé BLORE et NORGAN.

    Les déclarations continuent ensuite. Après avoir effectué un premier voyage avec les Allemands (comprendre un premier répérage des maisons d'hébergement), ceux-ci ont donné à NORGAN un repas décent et quatre cigarettes. Il raconte avoir rencontré un "Paul ROOSE" qui avait aidé au franchissement de la frontière. En février 1948, il déclare : 

"Je suis allé deux fois avec les Allemands en France pour signaler les maisons où vivaient les familles. Paul Roose nous a accompagnés pour le deuxième voyage. On m’a demandé si je reconnaissais les suspects. J'ai répondu par l'affirmative." (3)

   Il indique avoir été convoqué un jour au bureau de la prison et il y avait "Paul ROOSE", il est alors interrogé par SOUKEN aidé de VANDENBERGHE, le bourgmestre d'AUDENAARDE. Il nie avoir fait une quelconque déclaration sur l'une ou l'autre des personnes concernées tant que les Allemands ne lui aient pas donné les noms des personnes arrêtées. Alors que dans un autre paragraphe, TERRELL écrit :

"Le 10 octobre 1948, j'ai interviewé Norgan à la prison St Gilles de Bruxelles. Il m'a informé que Wiegand et Souken l'avaient approché avec des morceaux de papier avec des adresses dessus. Norgan a nié avoir été là. Les Allemands ont dit qu'ils avaient des preuves définitives, mais comme Norgan continuait à nier l'affaire, les Allemands l'ont battu avec des matraques aussi avec les poings et les pieds." (3)

   Puis, NORGAN, croyant que toute l'affaire est perdue, fit une confession complète
. Mais il nie avoir identifié les personnes concernées au bureau de police. Il est resté silencieux au moment où les personnes confrontées ont nié l'avoir logé. Comme on a pu le voir précédemment, Cécile DEMAGT témoigna après guerre qu'il fut loin d'être silencieux.

    TERRELL note aussi dans son rapport :
"Il (Norgan)  déclare que les informations obtenues de lui sont dues à la menace contre la famille Algoet et que son moral et sa résistance ont été réduits par le traitement des Allemands. ....". Quelques lignes plus loin, on trouve : "Il avoue avoir eu certains privilèges notamment celui de fumer et d'obtenir un entretien avec Elza. Il nie avoir fait un tour à vélo avec Souken. Il n'a pas fait de confession sous la menace que sa fiancée serait exécutée." (3)

   TERRELL écrit dans ses CONCLUSIONS :
"J'estime qu'il est probable que Norgan fut responsable de l'arrestation des différents mentionnés.  Qu'il ait été battu ou non, avant, est une question de preuve, mais je pense qu'il l'a probablement été. Il semblerait qu'une fois qu'il ait accepté de dénoncer les personnes qui l'avaient aidé, il ait été ami avec les Allemands et jouissait de certains privilèges (Note: une méthode allemande bien connue avec ceux qu'ils persuadaient de parler). Il a fait des déclarations contradictoires, mais elles peuvent s'expliquer que par la terreur et la peur des conséquences. C'est évidemment une personne peu intelligente et possédant un petit degré de maîtrise de soi (opinion personnelle). (3)

    Qui a dénoncé Paul ROSE ? Pourquoi les Allemands l'ont-ils emmené pieds et poings liés le lundi 29 novembre 1943 ?

   Paul ROSE et son épouse ont été reconnus comme "Belgian Helpers"; leurs dossiers archivés à la NARA, dès qu'ils seront disponibles, seront, à n'en point douter, de précieuses sources d'informations. 

    En décembre 1944, au camp de Gross-Rosen, il se liera d'amitié avec Léon HALKIN, Professeur et Historien belge. Le 8 février 1945, c'est ensemble qu'ils sont transférés en train pour le camp de concentration de Dora où ils arrivent le 11 février 1945. Paul Rose est enregistré sous le no 110241. Totalement épuisé, il meurt de dysenterie le 21 février 1945 dans le baraquement infirmerie 17. C'est Léon HALKIN qui apprendra la mort de Paul à sa famille, après avoir lu l'appel que cette dernière avait fait publier dans un journal pour le retrouver. Léon HALKIN a gardé contact toute sa vie avec la famille Rose
 (4). Le témoignage de Paul HALKIN a été publié par la Société d'Histoire de Comines-Warneton et de ses environs dans son tome 4 de 1974.(5) 

Sources :
(1)
(2)
(3)
(4)
(5)
10 : Gaston et Marie Rondelet
    Marie RONDELET est née le 18 janvier 1887 à Comines dans le Nord de la France.  

    Elle était veuve en premières noces  de Théodore Nicolas  LAIR, mort pour la France à 31 ans le 16 juillet 1915 à l'ambulance d'Ecouvres en Meurthe et Moselle, de blesssures de guerre  (1). 

    Théodore LAIR, né en 1884 à la Ferté-Vidame en Eure et Loir, était directeur d'usine à Sains du Nord. De ce premier mariage étaients nés Andrée (1908-1916) et Daniel (1910-2001), tous deux nés dans cette commune.

    Elle se remarie le 3 décembre 1923 à Ascq dans le Nord avec Gaston RONDELET. André naîtra le 10 février 1927 de cette seconde union.

   Gaston RONDELET est né le 28 décembre 1898 à Nomain dans le Nord. Il était chaudronnier à la Centrale électrique thermique de Comines-France.  Ils ont tous deux, un dossier de Résistant au S.H.D de Vincennes. Ils sont homologués FFC (Réseau Zéro-France) et DIR. Le couple habitait Rue de Wervicq à Comines, probablement dans la cité construite dans cette rue pour les ouvriers et les cadres de la Centrale électrique 

    Jim BLORE est donc hébergé depuis de nombreux mois chez eux lorsqu'ils sont arrêtés en ce lundi 29 novembre 1943, Hélène DURNEZ-BREL qui retrouve Marie RONDELET et Marie BOIDIN  à la prison Saint-Gilles  y apprend les évènements suivants  et témoigne :

"......Jim qui se trouvait chez eux a une chance extraordinaire. André, le fils de Gaston RONDELET, revient de l'école. Il voit passer une première voiture dans laquelle il reconnaît Bob, suivie d'une seconde. Il devine ce qui se passe. Il court avertir ses parents du danger que court Jim qui a juste le temps de se réfugier dans la propriété contigüe à la leur, celle de la famille Debrez......" .

"Chez Mr et Mme Rondelet à Comines-France, Bob a ramené de la cave des bouteilles de vin, voulant ainsi montrer à la Gestapo qu'il était tout à fait au courant des faits et gestes de la maison qui lui fût hospitalière...." (2)

   Complétant ainsi d'autres témoignages déjà connus, il apparaîtrait ainsi assez nettement que l'attitude de John Robert Norgan fut donc loin d'être passive lors des arrestations. L'aide fournie à la G.F.P de Courtrai semble avoir été évidente. Hélène BREL ajoute l'information suivante pour le décès de Marie RONDELET au camp de concentration de Ravensbrück.

".....Les rations qu'on nous promettait abondantes sont réduites. Au revier, les malades ne sont pas soignés. On leur administre une piqûre de pétrole. C'est ainsi que décèdent Marie Rondelet et Mme Desmarets dont le fils était douanier à Warneton......" (2)


    Tous les trois sont aussitôt conduits à la prison de Courtrai. Le 7 janvier 1944, le jeune André Rondelet est relâché, mais pas sa mère. Au terme de l’instruction de l’affaire qualifiée « d’espionnage et autres », les résistants et leurs dossiers sont remis à la compétence du tribunal militaire allemand de Bruges. Celui-ci refuse de juger l’affaire en Belgique et engage, le 21 mars 1944, une procédure de dessaisissement comme le permet le décret Nacht und Nebel de décembre 1941. Après accord de Bruxelles, Gaston Rondelet doit être déporté dans le plus grand secret vers les prisons de détention préventives du Reich dans l’attente de son jugement par une cour spéciale. Transféré à la prison Saint-Gilles de Bruxelles, il est déporté le 12 avril 1944 vers celle de Gross Strehlitz, en Silésie, après un bref passage par Cologne. Depuis mars 1944, les prisonniers « NN » de Belgique et du Nord de la France y sont rassemblés en attendant de comparaître devant le tribunal d’Oppeln.  
    En septembre 1944, la procédure « NN » est abrogée et les prisonniers de la forteresse de Gross Strehlitz remis à la Gestapo pour être internés dans un camp de concentration. Le 17 janvier 1945, Gaston Rondelet entre au camp de Gross Rosen. Mais, en raison de l’avancée de l’Armée rouge, le camp est évacué, le 8 février 1945, vers celui de Mittelbau-Dora. Trois jours plus tard, il est immatriculé avec le numéro 117278. Il est ensuite affecté au Kommando de travail d’Ellrich mais décède dès le 9 mars 1945 des suites de tuberculose. Sa femme Marie, déportée au camp de femmes de Ravensbrück a été gazée le 18 février 1945. (3)


Dans la liste des "French Helpers" de Comines-France, on trouve également :

- Pélagie DEBREZ-DUPONT épouse d'Adolphe Abel DEBREZ. Ils habitaient Route de Wervicq à Comines. Adolphe DEBREZ a été  homologué F.F.C comme membre du même réseau que Gaston RONDELET, c'est à dire ZERO-FRANCE. A ce jour, rien ne vient confirmer qu'il s'agisse de la famille mentionnée par Hélène BREL.
-  Victoria VANPRAET, citée par Jim BLORE (Voir son SPG) , est inscrite dans la liste avec l'adresse suivante "Energie Electrique Pavillon 5". Il s'agit d'une adresse de cette même cité qui fut appelée "Cité EDF" après la nationalisation des compagnies d'électricité. Reconnue par les Alliés avec le grade 5, Victoria VANPRAET semble donc avoir été plutôt active dans les filières d'évasion.
Sources :
(1)
(2)
(3)
11 : Hélène et Maurice Brel
12 : La famille Algoet
13 : Le procès de Bruges
14 : Les archives anglaises  et l'expulsion de John Robert Norgan en novembre 1951
A suivre.....