Un passeur pyrénéen : Jean BENAZET de Varilhes.
Page créée le 8  août 2022 - Dernière modification de la page  le 30 septembre 2022
     Préambule : 

     Il y eût des centaines de passeurs dans les Pyrénées pendant la seconde guerre mondiale. Emilienne EYCHENNE qui fut historienne de la période et de la région pyréneenne en dénombra plus de six cents. Mais pourquoi s'intéresser à Jean BENAZET, qui fut garagiste à Varilhes, près de Foix ?

     Outre le guide qu'il fut pour passer des civils en Espagne, son engagement dans la Résistance et les amitiés qu'il aura su créer auront eu un impact sur l'exfiltration des militaires britanniques qui n'avaient pas réussi à rejoindre Dunkerque pour rentrer en Angleterre ou enfuis des colonnes de prisonniers. Ces militaires qui  arrivaient dans le sud de la France devaient passer en Espagne pour rejoindre Gibraltar.

      Pour parler de Jean BENAZET, j'ai  eu le grand plaisir de rencontrer, à Foix, en 2021, Monsieur Olivier NADOUCE qui l'a bien connu et qui a écrit, en collaboration avec son épouse, un ouvrage relatant ses passages comme guide et convoyeur. Outre la visite de lieux de mémoire dans et autour de Foix, il a eu la délicatesse de me remettre un exemplaire de son livre et de nombreux autres documents qui m'ont beaucoup aidé à construire cette page. Qu'il en soit vivement remercié.

    Après la victoire du Général FRANCO, de nombreux Espagnols quittèrent leur pays (entre 350 000 et 500 000 personnes participèrent à "LA RETIRADA" - retraite espagnole) et passèrent la frontière pour y être "parqués" en France. Les autorités françaises de l'époque décidèrent de  les regrouper en assurant ainsi une surveillance proche sur des personnes qui auraient pu être, à leurs yeux,  politiquement "dangereuses". Des camps de regroupement furent donc créés dont celui du VERNET près de VARILHES.

    Dans ce camp, se trouvaient enfermés, un instituteur anarchiste aragonais, ardent défenseur de la défunte République espagnole et quelques-uns de ses compagnons : Francisco PONZAN-VIDAL, également chef d'une brigade appelée "LIBERTADOR". Ancré dans de fortes convictions de lutte contre le franquisme, le nazisme et toute dictature, il n'est pas interdit de penser, que dès son arrivée au Camp du Vernet, il voulait  reprendre rapidement et ardemment cette lutte.

    Francisco PONZAN-VIDAL avait gardé de nombreux contacts en Catalogne et dans la région de Huesca en Espagne. Outre ces contacts avec les Républicains restés au pays, il en avait également de précieux avec Geoffrey Norton MARSHALL, citoyen britannique, expulsé des USA en 1933 pour avoir tenu des propos "sédicieux" (selon un rapport du M.I.5 de 1942) alors qu'il était secrétaire du Parti communiste de Caroline du Sud. 

   Rentré en Angleterre par Douvres via Dunkerque, Geoffrey Norton MARSHALL est mis sous surveillance en 1937 et, interrogé en 1940, il ne cache pas ses activités au sein du parti communiste en déclarant également avoir été en Espagne en compagnie de membres des Brigades Internationales tout en  servant dans la marine espagnole (sous le nom de Joseph PEREZ)  comme commandant d'un destroyer de novembre 1936 à octobre 1938 (Le "Mendez Nunez" avec comme commandant en second RUIZ, Pascual VIDAL né le 27/07/1902 et qui sera plus tard connecté avec l'organisation A.D.E (?) de Toulouse selon les archives du S.O.E). Une fiche du M.I.5 datant de 1942 créée suite à sa demande d'entrer dans la Royal Navy, indique qu'il était employé depuis 1939 par le "FOREIGN OFFICE - I.S.R.B." (Intelligence Service....). A cette date, il habite ou possède un bureau à FOIX, probablement déjà sous le nom de George MALLARD. Il était donc rattaché aux Services Secrets britanniques.
 
      A Londres, le groupe de Francisco PONZAN-VIDAL était principalement connu sous le nom de MARSHALL GANG. La participation de MARSHALL à la guerre d'Espagne l'avait donc amené à connaître l'instituteur aragonais surnommé PACO. Avant que MARSHALL ne quitte FOIX après la défaite française de juin 1940, il rencontra Robert TERREZ, un ancien agent secret français dont le groupe s'était reconstitué clandestinement à Toulouse, sous le nom de "Travaux Ruraux" , et ce, malgré les interdictions formelles des autorités militaires allemandes (L'armistice signé en juin 1940 imposait la dissolution des services secrets français). Lors de cette rencontre, MARSHALL demanda à TERREZ de protéger ses Espagnols (dixit groupe de Francisco PONZAN-VIDAL alors enfermé dans le camp du VERNET)

    Jean BENAZET, comme on le verra par la suite, s'ingénia à faire sortir PONZAN-VIDAL et plusieurs de ses compagnons du camp de concentration français du VERNET. Une sincère amitié existait entre les deux hommes. Le garage de Jean BENAZET devint donc le premier quartier général en France de PONZAN-VIDAL.

    Ainsi couvert par les faux services secrets français  des "Travaux Ruraux" mais également par les services secrets anglais, le groupe de PONZAN-VIDAL devint ensuite, dès la fin 1940 jusqu'au milieu de l'année 1943, le groupe de passeurs des Pyrénées le plus actif pour la filière d'évasion Ian-Garrow et Pat O'Leary.  Sans ces combattants républicains espagnols aguerris, montagnards avertis,  qui disposaient encore de nombreux contacts en Catalogne ou en Andorre, il n'aurait pas été possible à cette filière d'évasion de fonctionner correctement. Il aurait donc été peut-être plus juste de l'appeler, aux yeux de l'histoire,  filière Ian Garrow -Ponzan Vidal - Pat O'Leary (Ce qu'a reconnu d'ailleurs après guerre Robert TERREZ dans son livre "Double Jeu pour la France"). Le tragique destin de ce chef républicain espagnol, tué puis son corps brûlé à BUZET sur TARN en 1944 après avoir été extrait de se cellule de la prison Saint-Michel de Toulouse deux jours avant la Libération de la ville, en a probablement décidé autrement.

       On comprend donc pourquoi Jean BENAZET a été, peut-être sans qu'il le sache, un élément structurant de la filière qui permit à plusieurs centaines de militaires de repartir vers l'Angleterre. On pourra y ajouter de nombreux civils de toutes nationalités comme le  prouvent deux carnets de passage précieusement gardés au Musée de la Résistance de Toulouse. 
Crédit photo : Mr Olivier NADOUCE  - Photo prise le 15/10/1942 au Col de Port - Jean BENAZET avec sa Prima 4 à gazogène (Réserve de bois sur la galerie et chaudière à l'arrière)
     Repères biographiques : 

     Jean BENAZET est né le 10 octobre 1904 à Séte dans le département de l'Hérault. Il épouse Cécile LOZE le 25 septembre 1926 à Saverdun où elle était née le 19 mars 1907. Ils auront un fils André qui avait 15 ans en 1943 donc probablement né en 1927 ou 1928.

       Il est garagiste à Varilhes près de Foix en 1939 et porte le  surnom de "Piston".

       Jean BENAZET décède le 23 mai 1991 et Cécile à l'automne 1997 (Sources : Les Passeurs 1943 : une époque tragique - Suzel et Olivier NADOUCE aux éditions LACOUR).

       Un frère lui est connu : Fernand BENAZET né en 1901. Il était cheminot-électricien à Toulouse et habitait Toulouse en juillet 1945, au 63 rue de la Colombette avec son épouse Francine et ses deux enfants dont un fils prénommé Robert. (Sources  : dossier NARA de Fernand BENAZET reconnu comme French Helper). 
      
Crédit photo : Jmd  - Après la Libération, Cécile BENAZET-LOZE  a servi de modèle au sculpteur russe  Proszynski,  pour la statue féminine du Monument aux Morts de la Résistance érigé à FOIX.  (Sources Suzel et Olivier NADOUCE)  Le médaillon en profil à la base du monument est l'architecte Irénée CROS - assassiné à son domicile le 14 décembre 1943  par la Gestapo venue l'arrêter. 
     Quelles sont les sources de ses actions de Résistance ?  

  • Tout d'abord Jean BENAZET, lui-même. Il notait tout sur ses carnets et ses cartes.
  • Son témoignage et ses souvenirs enregistrés par Suzel et Olivier Nadouce en 1970. Leur livre : "Les Passeurs - 1943 : Une épopée tragique.
  • Le livre de Robert TERRES : "Double jeu pour la France"
  • Le livre d' Antonio TELLEZ SOLA : "Le Réseau d'évasion du Groupe PONZAN"
  • Le livre d' Henri AMOUROUX :  "La vie des Français sous l'occupation".
  • Quelques témoignages d'amis.
  • Pour Francisco PONZAN-VIDAL : au moins trois dossiers NARA citent brièvement l'action de son groupe, ceux de Marie-Louise DISSARD (deux lignes), Henri NOUVEAU (un paragraphe), Augustine et Stanislas  MONGELARD de l'Hôtel de Paris à Toulouse (un paragraphe).
   Etonnamment,  Jean BENAZET ne semble pas avoir de dossier de Résistant au S.H.D de Vincennes. Celui de son frère Fernand, homologué F.F.I est coté GR 16 P 46447.

   Tout aussi étonnamment, et à ma connaissance, Jean BENAZET n'est pas dans la liste des 22 000 "Helpers" français et n'a donc pas de dossier archivé aux USA; pourtant il est invité en 1957 en Angleterre afin de recevoir un diplôme de la Royal Air Force Escaping Society pour avoir aidé les aviateurs anglais à rejoindre leur pays via les Pyrénées et l'Espagne. (Sources Patrick Chatelin en date du 30/09/2022 : "La RAF Escaping Society est dissoute depuis 1995. Une autre société a pris le relais : la WW2 Escape Lines Memorial Society" ). Pour sa commune de Varilhes, on trouve Camille BIDAUT et Edouard ZURCHER dans cette liste de 22 000 noms.

    Pour Jean BENAZET, il n'y aurait donc eu qu'une reconnaissance britannique tout en soulignant que de nombreux "Helpers" n'ayant aidé que des militaires britanniques, sont bien inscrits sur cette longue liste. Dans les  dossiers de ces Helpers, on retrouve régulièrement des lettres de correspondance et d'échange d'informations entre les services américains et les services   britanniques sur différents sujets : actions du Résistant ou de la Résistante, dédommagement financier commun ...etc..... Il est donc étrange qu'il n'existe pas, à minima, quelques lettres entre les partenaires alliés consignés dans un dossier instruit pour Jean BENAZET comme ce fut le cas pour son ami Francisco PONZAN-VIDAL. Le dossier "French Helper" de ce dernier, certes plus que succint, est composé d'une feuille d'entête avec son nom complété par deux courriers. Le premier émanant des services américains demandant aux services anglais si Pilar PONZAN-VIDAL était la femme de Francisco et la réponse de ces derniers indiquant qu'il s'agit en fait de sa soeur. Pas le moindre rapport sur les actions menées par son groupe et sa fin tragique. On peut toutefois noter une reconnaissance indirecte, comme beaucoup de déportés, familles de déportés ou de fusillés : la mère de Francisco reçut 20 000 francs ainsi qu'une pension de 200 000 francs et  un diplôme de grade 5 pour son fils.

    Très peu de passeurs ont ce type de dossier archivé aux USA. Jean BENAZET pourrait donc avoir fait partie des personnes qui n'ont pas voulu se faire connaître après guerre, mais, on peut également observer, qu'à ce jour, pour au moins quatre noms de Résistants, les dossiers  liés à la guerre civile espagnole auraient été peu "inspirants" pour les enquêteurs américains ou britanniques qui ont recherché, après guerre, ceux ou celles qui avaient aidé leurs ressortissants à être exfiltrés de France : le franco-américain John Joseph BARRERE, le guide espagnol Francisco PONZAN-VIDAL, le passeur Jean BENAZET, ami de Francisco et militant communiste et le Docteur Camille SOULA de Toulouse, sympathisant communiste (socialiste selon d'autres sources), grand antifascite et ami de l'Espagne humaniste selon ses amis. 

    Pour Joseph BARRERE, un aviateur américain avait noté dans son rapport d'évasion qu'il avait été membre de la brigade LINCOLN des communistes américains pendant la guerre civile espagnole, rattachée aux brigades internationales. Son dossier "French Helper" est vide alors qu'il fut un des plus grands passeurs du Comminges.

    Sur les 32 membres du groupe PONZAN que j'ai pu retrouver, seuls 8 ont un dossier "French Helper". Il pourrait être intéressant de les consulter mais hélas, les difficultés liées aux demandes de copies aux USA sont un frein important à leurs consultations.

    Il existe au moins un autre document qui pourrait être classé "sources indirectes" pour Jean BENAZET, il est issu des Archives Anglaises du S.O.E . Il s'agit du dossier de Georges MALLARD, des services secrets anglais, basé à FOIX en 1939 (et peut-être avant 1939) et de son vrai nom : Geoffrey Norton MARSHALL. Son "gang" de Républicains espagnols est en filigrane dans le dossier.

    Les rapports d'évasion des militaires britanniques pourraient être également "sources indirectes". Tous n'ont pas encore été traduits mais, à ce jour, il ne m'a pas encore été possible de trouver le premier indice permettant de relier Jean BENAZET à un militaire anglais (soldat de l'armée de terre ou aviateur). La "WW2 Escape Lines Memorial Society" , contactée, serait-elle susceptible de donner des informations plus  précises sur les noms des militaires aidés ?

Geoffrey Norman MARSHALL alias George MALLARD (Sources "National Archives" Archives du S.O.E)
     L'homme

     Quelques témoignages, extraits du livre de Suzel et Olivier Nadouce sur les passeurs. L'homme qu'il fut :

     José Antonio ALSONSO "Commandant Robert" : "....Il fut notre messager pour faire parvenir par l'Andorre des documents et consignes aux groupes opérant à l'intérieur de l'Espagne; il nous fournissait par la même occasion de précieux renseignements sur les patrouilles allemandes veillant le long de la frontière. Les Guerilleros espagnols lui en seront éternellement reconnaissants.
      Après la Libération, je me suis installé sur la commune de Varilhes où est né mon premier enfant. Notre amitié fut encore plus solide car il me rendit, à titre personnel, des services que je n'oublierai jamais.
      Il était le symbole du courage. Il était l'exemple de l'honnêteté. Jusqu'à la fin de ses jours, il est resté fidèle à ses principes et à son idéal. Il était généreux, il était....mon ami."


      Henri PETIT : Après le combat patriotique, il s'engage dans le combat politique aux côtés de ses camarades du Parti Communiste Français; pour lui, il y a continuité "pour plus de justice, de liberté et pour la paix; trois idéaux indissociables", disait-il. Il est élu conseiller général du canton de Varilhes.  "Et toujours au service des autres , notamment auprès des familles durement touchées pendant l'occupation."





     Francisco PONZAN-VIDAL, son  ami (Sources : Suzel et Olivier NADOUCE - Carnets de Jean BENAZET - "La vie des Français sous l'occupation" d' Henri AMOUROUX - "Le Réseau d'évasion du Groupe PONZAN, Anarchistes dans la guerre secrète contre le franquisme et le nazisme" Antonio TELLEZ SOLA - "Double jeu pour la France" de Robert TERRES)
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    Dans le village de Varilhes(Ariège), s'étaient installées deux familles espagnoles après avoir émigré d'Espagne pour des raisons économiques. Les deux soeurs Magdalana et Maria étaient mariés respectivement à Francisco BALDELLAU et Antonio MORA. Ils étaient boulangers et connaissaient Jean BENAZET.

      Francisco PONZAN-VIDAL entretenait de bonnes relations avec les amis des familles MORA et BALDELLAU et se lia d'amitié avec eux et, par leur intermédiaire, fit connaissance avec Cécile et Jean BENAZET. Ce dernier était militant communiste mais également un montagnard très averti.

     Lorsque en février 1939, des milliers d'Espagnols franchirent la frontière française, Jean BENAZET se mit à aider infatigablement les uns et les autres et devint alors un dévoué collaborateur pour PONZAN-VIDAL.

      Dans ses carnets, Jean BENAZET raconte :
- 9 février 1939 : j'ai vu des femmes donner leur alliance à des gardes mobiles qui les acceptaient contre un morceau de pain; j'ai vu, avec quelle rudesse, étaient reçus les premiers combattants contre le nazisme et le fascisme. Sur la route de Perpignan au Perthus, au carrefour d'AMELIE LES BAINS, j'ai vu dans le fossé avec cinq centimètres de neige, des enfants tout jeunes qui avaient passé la nuit sur de la paille, des sacs, des couvertures, de vieilles bâches, pour se protéger du froid. Un enfant avec de la fièvre typhique agonisait. Dans la cour d'une ferme, sur un matelas, un milicien républicain était mort face au ciel, les yeux bien ouverts. A côté de lui, une vieille femme souffrait at aux pieds du cadavre, jouait un enfant. Ce manque de solidarité avec la République espagnole sonne le glas de la République française. 
- 12 février 1939 : A la gare d'AMELIE LES BAINS, j'ai vu 13 wagons d'armes lourdes couvertes de bâches noires. Ils étaient là depuis deux mois.


    Jean BENAZET et Francisco PONZAN-VIDAL commencèrent ensuite à mettre en lieu sûr des Espagnols et des membres des brigades internationales. Le 20 février 1939, ils sortirent du Camp du Vernet, Ricardo Sanz GARCIA, pour le confier au Maire (ami de Jean BENAZET) de Varilhes, Jean Louis SIRET, qui l'emmèna ensuite à TOULOUSE dans sa voiture personnelle. Vinrent ensuite de nombreux déplacements dont on retrouve trace dans les carnets de Jean BENAZET.

      Le 16 mars 1939 : voyage à Toulouse.

      Le 20 mars 1939 : voyage à Argelès et Barcarès.

      Le 23 mars 1939 : retour à Varilhes.

      Du 6 au 8 avril 1939 : voyage à Nîmes. (entretien avec JUANEL)

  
    Le 19 avril 1939, PONZAN, BENAZET et Luis BALDELLAU, un fils du boulanger se déplacèrent à BIARRITZ pour récupérer un véhicule RENAULT qui appartenait à Geoffrey MARSHALL. Véhicule ramené le lendemain à Varilhes.

      Les 10 et 11 mai 1939 : Voyage à Nîmes (JUANEL) puis Siguer et Sentein (Ariège)

      Le 18 mai 1939, sortaient du camp du VERNET, les trois premiers hommes qui seraient le point de départ de la nouvelle activité contre le franquisme : Pascual Lopez LAGUARTA (SIXTO), du groupe LIBERTADOR et agent du SIEP en Espagne, le guide Juan CATALA BALANA et Francisco VIDAL, connu comme BERDIE, ces deux derniers natifs de LLAVORSE (LERIDA). BERDIE fut choisi parce qu'il connaissait très bien l'ANDORRE, pays qui allait servir de base avancée. Tous trois franchirent l'enceinte concentrationnaire avec des outils de menuisier , comme le faisait normalement CATALA quand il allait effectuer des travaux extérieurs, et avec le brassard qui permettait de circuler librement. 
       A l'extérieur du grillage, les attendait Jean BENAZET avec son automobile. Ils restèrent deux jours chez lui à VARILHES. Le 21 mai, ils les accompagna pour aller cherches les armes qu'ils avaient enterrées dans une ferme de Bourg Madame avant d'être internés. Ces armes seraient remises aux premiers groupes que PONZAN organisa au camp du VERNET pour passer en Espagne. Après qu'ils eussent récupéré l'armement, BENAZET accompagna le trio jusqu'à l'Hospitalet près l'Andorre, au pied du Col de Puymorens. Les trois hommes, avec leur charge respective; par la montagne, passèrent en Principauté. Ils franchirent le Port Dret( 2537 m) couvert de neige, arrivèrent à SOLDEU puis LES ESCALDES et s'installèrent à l'Hôtel Paulet où les propriétaires Augustin FALIP et Pilar PIFARRE, les reçurent et les cachèrent pour tromper l'intense surveillance qu'exerçaient alors les gendarmes français en Andorre.

      Le 3 juin 1939 : déplacement au camp de Mazères pour voir Augustin REMIRO MANERO.

      Le 9 juin 1939 : voyage à Toulouse.

    En juin 1939, le groupe de PONZAN est à nouveau sollicité pour faire sortir d'Espagne et de la prison SAINT CYPRIEN (de Nîmes) des cadres du gouvernement républicain espagnol et des commandants des armées républicaines. Pour rappel, en avril 1939, Jean BENAZET l'avait accompagné à Nimes pour des missions similaires.

      Le 16 juin 1939 : deux déplacements à Pamiers.

      Le 21 juin 1939 : déplacement à Toulouse.

      Le 1er juillet 1939 : déplacement à Toulouse.

      Le 2 juillet 1939 : voyage aux Escaldes pour voir CATALA, avec les couples MORA et BENAZET.

      Le 9 juillet 1939 : déplacement en Andorre pour voir SIXTO et CATALA.

      Le 21 juillet 1939 : déplacement à Massat (Ariège) à un barrage où travaillaient beaucoup d'Espagnols.

      Le 13 août 1939 :  voyage en Andorre avec Antonio MORA, après être passé par Loubens (Ariège)

     Francisco PONZAN-VIDAL ne sortit défnitivement du camp du Vernet que le 18 août 1939 avec un contrat de travail de trois mois, comme mécanicien, que lui fit Jean BENAZET, condition indispensable exigée par la loi. Le contrat fut ensuite renouvelé, en novembre, pour six mois de plus.

      En octobre 1939, PONZAN rend visite à sa soeur Pilar, qui travaillait comme servante à l'Hôtel du Midi à Saint Jean de Bruel (Aveyron) en lui annonçant qu'il allait tenter de la faire revenir à Varilhes.  Le 19 janvier 1940, Pilar arrivait à Varilhes où l'attendait à la gare Jean BENAZET.
    
      La maison de Varilhes fut donc le quartier général de PONZAN-VIDAL avant son transfert en octobre 1940 vers Toulouse 

   
 Début août 1940, à Montgaillard en Ariège,  une première rencontre entre PARAYRE de Perpignan, Robert TERRES et Francisco PONZAN-VIDAL en présence de plusieurs hommes de PACO : Vicente MORIONES - Pascual et Eusébio LAGUARTA - Rafaël MELENDEZ - Salvator AGUADO - Joseph CATHALA - Ricardo REVOLA.
     Après quelques politesses et un verre de vin rouge un peu âpre, j'en viens au fait (Robert TERRES - du Contre Espionnage français recontitué clandestinement après la défaite de 1940) :  
    "Ecoutez Paco, notre ami MARSCHALL a dû vous expliquer pourquoi je suis ici. Nous pouvons nous rendre mutuellement service. Laissez-moi d'abord vous préciser que je ne viens pas pour essayer de devenir votre patron, mais votre allié.... 
- C'est bien ainsi que je le comprends" en s'inclinant légèrement avec un sourire amusé où se mêlent douceur et insolence.  
- Je veux dire que je n'aurai pas d'argent à vous donner, comme le faisaient les Anglais. Nous sommes vaincus, nous sommes pauvres, et comme vous réduits à la clandestinité.... 
- Ce n'est pas la même chose, vous le savez bien. Enfin .. . 
Au fait, lieutenant, qu'attendez-vous de nous, exactement? » 
Sans qu'il hausse le ton, qu'il cesse un seul instant de sourire, voici soudain, comme il me pose cette question, que derrière le masque du jeune homme affable, apparaît l'homme d'action, dégageant une autorité tranquille qui n'est pas loin de m'intimider. 
Ses hommes, assis à la table, se taisent et le regardent, comme fascinés. Je les sens prêts à le suivre n'importe où, subjugués par ce magnétisme, cette intelligence pénétrante, cette autorité naturelle propre à ceux qui commandent comme ils respirent, sans effort, sans avoir l'air de rien imposer. .. 
Parayre m'observe du coin de l'oeil, presque amusé. Ce que j'attends des Espagnols, il le sait. Il sait aussi que Paco doit vaguement le soupçonner, mais qu'il n'est pas question d'en parler d'emblée ... 
« Ce que j'attends de vous? Rien de précis pour le moment. Vous connaissez la frontière, vous êtes au courant de tout ce qui s'y passe, vous y connaissez tout le monde, et vous avez des amis des deux côtés. Alors, organisez-vous. Je vous demande simplement d'être présents et de me renseigner sur toutes les activités que vous pourrez observer à la frontière, ainsi qu'éventuellement, d'aider au passage de mes agents ou de mon courrier. Vous n'ignorez pas que vos compatriotes favorisent au maximum les infiltrations nazies à la frontière.  
Ces infiltrations, vous les surveillez, vous repérez les points de passage de la frontière, et, pour le reste, vous faites exactement ce que vous voulez, comme vous le voulez, vous prenez les contacts que vous voulez. Je vous demande seulement de me mettre au courant de tout ce qui peut intéresser le C.E. (Contre Espionnage) que je représente .. . 
- D'accord. Mais que nous offrez-vous en échange? Nous sommes complètement fauchés, vous savez... Pour le moment, nous vivons sur l'argent que le capitaine Marshall nous a laissé (200 000 francs), mais ça ne va pas durer .. . 
- Je vous offre la protection de mes services pour toutes vos activités. Nous ne pouvons pas vous payer, mais libre à vous de continuer sous notre protection à vous servir de votre connaissance de la frontière. Parlons franchement. Vous savez mieux que moi qu'il y a des marchandises, des réfugiés juifs à passer. .. Je peux vous couvrir officiellement pour ce genre d'activités auprès des douaniers et des gendarmes, vous procurer tous les papiers, vrais ou faux, tous les laissez-passer, dont vous aurez besoin ainsi que des armes. Financez-vous donc comme vous voudrez, je couvrirai tout ce que vous ferez de l'autorité de mon service. Donnez-moi seulement en échange quelques renseignements et faites passer mes agents 
quand je vous le demanderai. 
- Je croyais que vous étiez clandestins? 
- Pour les Allemands, en effet. Pour les commissions d'armistice, nous n'existons pas, nous sommes clandestins. Pour Vichy, nous sommes un organisme semi-officiel, mais secret, dépendant régulièrement de l'état-major. » 
Il sourit, puis, candidement : 
« Lieutenant Tessier, je ne suis pas fou. Je sais que ce qui vous intéresse, c'est aussi nos contacts avec l'I.S. Pour le moment nous n'en avons plus. Mais, si un jour, nous sommes amenés à travailler à nouveau pour eux, ne comptez pas sur moi pour les trahir ... ".

      Selon Robert TERRES, il n'y avait plus de contact entre les Anglais et le Groupe PONZAN depuis le départ de MARSHALL.

     Il existe donc un vrai flou sur une éventuelle date, donnée par d'autres sources, pour d'autres contacts pris avec "des services secrets" probablement différents de ceux dont Goeffrey MARSHALL était le réprésentant. En avril 1939, MARSHALL avait quitté la France en laissant une voiture que Jean BENAZET récupèra avec PONZAN et le fils du boulanger de Varilhes. Ces sources indiquent que d"autres contacts" pourraient avoir eu lieu au début de l'année 1940. Au mois de mars, PONZAN se serait entretenu avec Augusto REMIRO et quelques jours plus tard, en compagnie de MARSHALL (revenu en France ?), José ESTEVEZ et Jean BENAZET, PONZAN se serait déplacé à l'Hospitalet pour voir CATALA et lui proposer de collaborer avec les Alliés  et contre les activités des Allemands en Espagne. Qui doit-on considérer dans le mot Alliés au début de 1940 : la France et la Grande Bretagne ?

      Les archives du S.O.E anglais du dossier MARSHALL indiquent, qu'en 1941, l'Ambassadeur de Grande-Bretagne en Espagne se plaignait des activités du "gang MARSHALL" en Espagne qui le mettait en difficulté vis à vis du Général FRANCO. 

      S'agissait-il du S.O.E anglais comme second contact ? On sait qu'en 1941, le S.O.E finançait le groupe MARSHALL contre l'avis du M.I.5 un autre service secret anglais. Les ordres à donner aux Guerilleros espagnols pour les actions à mener, passaient toujours par MARSHALL, via New-York, les bateaux de marchandises espagnols, puis le Portugal ou l'Espagne et amenés ensuite en France en traversant les Pyrénées dans les sacoches des passeurs. Si on en croit José Antonio ALONSO (Voir son témoignage dans le paragraphe "l'Homme"), Jean BENAZET pourrait avoir été un de ces hommes qui transportait également le courrier venu d'Angleterre par le chemin décrit ci-dessus.

     S'agissait-il du M.I.9, de l'I.S.9 , autres composantes des services secrets anglais ? 

     Michel PARAYRE, alias Parker, que rencontre PONZAN-VIDAL début août 1940, était propriétaire d'un garage à Perpignan et avait conclu un accord avec Nubar Gulbenkian, à la demande du M.I.9, pour engager des guides chargés de faire traverser l'Espagne aux évadés moyennant une commission à déposer sur un compte bancaire en Grande-Bretagne. S'agissait-il du groupe PONZAN ?

      Existe-t-il des archives anglaises susceptibles de nous éclairer sur ces évènements ?

     Entre ce jeu de dupes entre Contre-Espionnage français, Services secrets de Vichy, Services secrets anglais et PONZAN-VIDAL,  Jean BENAZET a donc été très actif et toujours au coeur de la réorganisation du groupe PONZAN-VIDAL entre février 1939 et octobre 1940.

Les services secrets anglais liés à l'exfiltration 
    On mesure toute la complexité des services secrets anglais en parcourant un exemple de note de bas de page d'un rapport d'aviateur rentré en Angleterre et interrogé par le M.I.9. De nombreuses copies sont faites pour le M.I.6, M.I.19, I.S.9 sans oublier le M.I.5 non présent en copie sur ce rapport. Tous les exfiltrés n'ont pas été interrogés par le M.I.9, d'autres l'ont été également par l' I.S.9 et, dans certains cas, beaucoup plus délicats, par le M.I.5. Ce fut le cas pour James SMITH, soldat de l'armée britannique en 1940 en France et qui devint ensuite convoyeur pour la filière Ian GARROW, indirectement impliqué dans l'affaire Harold COLE.
    
      Jean BENAZET, le passeur. (Sources : Suzel et Olivier Nadouce " Les Passeurs - 1943 : Une épopée tragique)

      Dans son témoignage oral enregistré par Mr et Mme Nadouce, Jean BENAZET indique que dès 1940, il avait assuré le passage de patriotes, de militaires vers l'Andorre et l'Espagne. Les mois de juillet et d'août 1940 pourraient donc correspondre à ces premiers passages. 

        Il transportait avec sa Prima 4 à gazogène les candidats au passage jusqu'à L'Hospitalet et laissait sa voiture cinq kilomètres plus haut.   Munis de cannes à pêche, il remontait le ruisseau Saint-Joseph pour arriver au Port Dret après quatre heures de marche. Il suffisait alors de redescendre jusqu'à Soldeu. Le dernier passage par cet itinéraire s'est effectué en septembre 1942. Après l'occupation de la zone sud par les Allemands, ce trajet dut être abandonné pour un autre par le Garbet, moins surveillé.


        Le F/Lt Archibald WINSKILL de la R.A.F. tombé le 15 août 1941 à NORTKERQUE dans le Pas de Calais, est arrivé vers le 4 octobre 1941 à AX-LES-THERMES. Au sujet du passage des Pyrénées, il écrit dans son rapport : "......De MARSEILLE , nous sommes allés directement au CANET-PLAGE, près de PERPIGNAN, où nous sommes restés jusqu'au 3 oct. Nous sommes allés en train, via TOULOUSE, à AX LES THERMES, où nous avons eu un guide andorran, qui nous a conduits en ESPAGNE à travers ANDORRE. Nous avons marché jusqu'à BERGA, dans la province de BARCELONE, et, après avoir passé la nuit du 9 au 10 octobre, nous avons été conduits en voiture au consulat général britannique de BARCELONE. Nous avons ensuite été envoyés à GIBRALTAR via MADRID.". Archibald WINSKILL pris en charge par la filière Ian Garrow - Pat O'Leary, ne donne aucune autre information sur ce guide andorran ni sur les lieux de passage dans la montagne. Le train, passé par FOIX et TARASCON SUR ARIEGE, suit donc la même route qu'empruntait Jean BENAZET pour ses passages avant novembre 1942 mais, à ce jour, absolument rien ne le relie au groupe d'aviateurs au sein duquel se trouvait WINSKILL. Ce cas montre bien qu'il est donc extrêmement difficile de relier un groupe de passage de militaires alliés à un passeur. Le passeur ne donnait quasiment pas d'informations aux évadés. Il était également extrêmement rare que les évadés laissent leurs noms au passeur.






       En 1942, il passait des familles juives et des jeunes qui voulaient partir combattre à partir de l'Algérie. Après 1942, il s'agissait surtout de jeunes gens requis pour le S.T.O et qui refusaient de partir en Allemagne. Il indique que les passages les plus durs eurent lieu en 1942.

        Jean BENAZET raconte : "Nous partions souvent de Foix, car ces jeunes arrivaient par le train. Mon trajet passait ensuite par la route départementale n° 17, dite "route de l'évasion", ainsi nommée car elle n'était pas contrôlée par les Allemands, alors que celle de la vallée de l'Ariège a été classée "zone interdite" après le 11 novembre 1942. Nous disons donc : Saint-Pierre-de-Rivière-La Mouline-Hameau de Burret où se trouvait le premier relais de sécurité; si le "caleçon à manches longues" et deux serviettes étaient au séchoir, la voie était libre. Puis, Col des Marrous (à 990 m) - Col de Péguère (à 1375 m) avec une vue splendide sur le chaîne des Pyrénées et le Vallier - descente vers la route D618, Col des Caugnous (à 947 m) - Massat; ici, prendre à gauche sur la place de l'église, vers l'étang de Lers - village du Port; c'était le dernier rendez-vous des jeunes qui voulaient passer la frontière,  et en même temps, le deuxième relais de sécurité, au café de Michel SUTRA. A trois kilomètres, troisième relais de sécurité au hameau de Mouréou, à la maison-grange de Coulia du pâtre Vincent ICART; ici s'arrêtait la route et je garais ma voiture. A vingt heures, nous prenions un sentier muletier qui nous conduisait à l'étang de Lers (à 1274m). Un peu avant l'étang, se situait le 4ème et le plus important relais de sécurité, à la cabane Bastard, habitée par le pâtre GARRABET, ancien combattant de 14-18; il était bien placé pour surveiller les douaniers allemands, car sa cabane était le rendez-vous des pâtres de tout le secteur des deux cols (Port de Lers et d'Agnes). En cas de danger, j'étais prévenu par une fumée. Nous attaquions ensuite la montée du Col d'Agnes (1520 m); à une heure du matin, nous descendions à l'orri du pâtre Jacques CAU, où, à chaque passage, deux grandes bassines de lait nous attendaient. Après trois quarts d'heure de repos, nous prenions le sentier qui nous conduisait au bas du Col de Saleix, il était à peu près trois heures trente. Nous longions l'étang de Labant, près de la mine de l'Argentière, située à cinq cents mètres du plateau de Coumebière, nous passions ensuite en contre-bas du Pic des Planès, puis au pied du Col de Morech. Nous étions au-dessus du Garbettou vers cinq heures du matin et nous atteignions l'étang de Garbet (1683 m) avant le jour. Il restait encore beaucoup de chemin à parcourir. Nous attaquions le cirque du Garbet, en direction de l'étang bleu (1989 m) où nous arrivions vers neuf heures, puis, appuyant franchement à droite, nous passions près du Pic de Puntussan et, plus au sud, près du Pic de Bentofarine (frontière espagnole). Mais il fallit éviter de se trouver en vue du Port de Guillou (2343 m), poste fixe des Allemands sur la frontière; des patrouilles y montaient souvent depuis Aulus, avec des chiens-loups. Après avoir contourné par l'est la Pointe des Trois  Comtes, nous parvenions enfin à un autre point de la frontière, au Col de Montescourbas (2444 m). C'était le terminus, il était environ quatorze heures trente et nous avions marché dix huit heures dans la montagne. Il ne faut pas oublier que ces pauvres jeunes  portaient souvent de simples souliers de ville, et que leurs provisions étaient maigres en ces temps de restrictions. Ils devaient alors dévaler l'étang Romédo et la Vallée de Tabescan. Il fallait voir avec quelle émotion nous nous quittions au Col de Montescourbas; c'était certainement le moment le plus difficile pour moi. [...] A chaque retour, je notais sur un petit carnet, le nomnre de "truites" que j'avais prises lors de ces étranges "parties de pêche", c'est à dire le nombre de patriotes que j'avais réussi à passer en Espagne.  Le 18 avril : 9, le 27 avril : 7, le 1er mai : 6, le 9 mai : 8, le 15 mai : 12 , le 23 mai : 6, le 29 mai : 6, le 6 juin : 7. C'est ainsi que j'ai réussi huit passages par cet itinéraire. Au total, 61 personnes dont des Français bien sûr, mais aussi des Tchèques, des Hollandais, des Russes, des Américains, des Anglais, des Canadiens.... 



   









 



Mais le 13 juin 1943, avec un groupe de 18 jeunes à passer dont un soi-disant Hollandais, très curieux sur les points de passage et dont il se méfiait, Jean BENAZET et une partie du groupe sont arrêtés par une patrouille allemande près du Garbettou. La veille, le soi-disant Hollandais s'était éclipsé furtivement du groupe.

    Après un essai infructueux, lors de la descente, Jean BENAZET réussit à s'enfuir avec un de ses protégés André JOUCLA, le fils du percepteur de Pamiers. Ils réussissent à rejoindre le cabane de Jacques CAU, cité plus haut, et qui accepta de secourir et faire passer la montagne aux 6 jeunes qui n'avaient pas été arrêtés. Prudent, Jean BENAZET, au délicat passage du Garbettou, avait divisé le groupe en petites unités séparées les unes des autres. 

      Identifié et activement recherché par la Gestapo à partir de cette date, il est contraint le 1er octobre 1943, de quitter Varilhes. Son départ avait été organisé par son frère Fernand et ses camarades cheminots de la Résistance Fer. Il est condamné à mort pour rebellion en décembre 1943 par un tribunal militaire allemand siégeant à Toulouse. Il devient alors Joseph LEBRUN, vit à Toulouse avec son épouse, participe à des actions de sabotage et prend part à la Libération de Toulouse en août 1944.

     Etait-il alors au courant que son ami Francisco PONZAN-VIDAL, incarcéré à la prison Saint-Michel de Toulouse (livré aux Allemands par la Police de Vichy) avait été assassiné quelques jours auparavant près de Buzet-sur-Tarn ?

      Après la Libération de Varilhes, Jean BENAZET décrit ce qu'il retrouve à Varilhes : "Je rentre donc à la maison mais la Gestapo avait fait du bon travail, la maison est vide ! Tout a été emporté, même la suspension de la salle à manger, qui, pourtant, ne représentait pas grande valeur ! Avec ma famille, nous étions dans la misère.... Il ne me restait plus qu'à reprendre mon métier de mécanicien." 

     



     Les détails donnés pour les parcours, notamment celui du Garbet, montrent que le couple BENAZET avait une excellente connaissance des Pyrénées Ariégeoises. J'espère qu'avec ces points de passage nommés très précisément, il sera possible de retrouver dans un avenir proche, les noms des militaires alliés qui ont été aidés par ce Résistant-passeur. Ces rapports très détaillés sur le passage des Pyrénées sont relativement rares mais quelques évadés donnent parfois le nom de cols par où ils sont passés ou quel lac de montagne ils ont contourné. Cette page internet est donc probablement appelée à évoluer avec, je l'espère, quelques pistes ou réponses aux questions suivantes :

      Les candidats à l'évasion arrivaient-ils par hasard à FOIX. Existait-il une organisation qui les envoyait vers Jean BENAZET ? Comment était-il  informé que des "truites" devaient être "prises" en charge ?

      Dans un témoignage d'après guerre, Jean RIEG, originaire de Bourgogne, qui avait été fait prisonnier le 13 juin 1943 donne quelques éléments de réponse :
"Nous sommes arrivés à Pamiers fin mai 1943 grâce aux indications d'un épicier de Coulanges (département de l'Yonne) qui connaissait une adresse dans cette ville ariégeoise : celle de Madame GUICHARD (Madame Veuve Irma GUICHARD habitant au 28 rue du Rempart du Touronc à Pamiers a été reconnue comme "French Helper").. Celle-ci nous a répondu : pour le passage c'est trop tard; vous prendrez celui de la semaine prochaine...[....]...Enfin elle nous annonça : le 12 juin, vous passerez, vous prendrez votre valise , le sac tyrolien à l'intérieur car il serait trop voyant, vous sortirez de la gare comme si vous étiez de simples voyageurs; vous marcherez deux par deux et vers sept heures une voiture vous prendra en charge. Sur la route de Verniolle la voiture nous a pris, un peu plus loin, deux autres jeunes se se sont joints à nous. Le conducteur de la Prima 4 à gazogène, que nous ne connaissions pas, bien sûr, était le passeur Jean BENAZET. ". Jean RIEG déporté à DORA avec quatre autres camarades arrêtés le même jour à Aulus, reviendra de ce sinistre et terrible camp de déportation. (Page 1954 du dictionnaire bibliographique des 9000 déportés de DORA - Editions du Cherche-Midi)

      A-t-il laissé quelques traces écrites dans ses mémoires sur la fin tragique de son ami Francisco PONZAN-VIDAL ?         

Le film "Piston passeur de Liberté" - Serfon Production et Ciné "Foc del cel" - Réalisation et Images : Francis Arthur Fontés (Cliquer sur la photo)
Crédit photo : Mr Olivier NADOUCE  - Photo prise le 15/10/1942 au Col de Port -  Photo annotée au verso : Primaquatre Renault au gazogène - 1er plan Mme Bonafous - Piston (pseudo de Jean BENAZET)  - Mané Cécile (Information complémentaire de Monsieur Olviier NADOUCE : en fait l''épouse de Jean BENAZET  - le terme de Mané est celui qui sera utilisé plus tard par les petits enfants du couple)