Fusillés du Fort du Vert Galant à Wambrechies
inhumés sommairement à Marquette-lez-Lille.
Mise en ligne : 17/02/2026
Mise à jour : 10/03/2026
      Bien que situé à 90% sur le territoire de Wambrechies, un grand nombre d'archives consultées pour l'élaboration de ces pages indiquent : "Fusillé au Fort du Vert-Galant à Verlinghem". Deux jugements  du tribunal civil de Lille datant de 1943 vont même jusqu'à imposer à la commune de Verlinghem d'inscrire les noms de Louis HEIN et de Edmond ROMBEAU sur leurs registres de décès.
 
      C'est dans ce fort, dit fort Carnot, qu'entre le vendredi 16 janvier 1942 et le mardi 23 février 1943, en un peu plus d'un an, 80 hommes sont exécutés. Ils ont été majoritairement arrêtés par la Gendarmerie ou la Police française  puis livrés ensuite aux autorités allemandes d'occupation, souvent comme otages. Pour un certain nombre, la Cour spéciale de justice de Douai créée par le gouvernement de Vichy les condamnera à de lourdes peines, facilitant ainsi la décision finale   du choix des otages à fusiller.     

      C'est le mardi 14 avril 1942 que le groupe le plus important sera passé par les armes.

    Les  corps seront ensuite sommairement enterrés au lieu dit "La Briquetterie" à Marquette- lez-Lille, au bout du champ d'aviation de Bondues, non loin de la ferme de Mr Dillies, alors Maire de la commune.  

      Ils sont ouvriers, mineurs, métallurgistes, engagés dans la lutte armée par conviction politique ou syndicale, commerçants  soucieux d'exfiltrer vers la zone non occupée tous ceux qui souhaitaient rejoindre l'Angleterre, photographes, employés de bureau...  Certains sont très jeunes et non pas vingt ans. 

    La cartographie interactive utilisée dans ces pages vise donc à montrer les parcours de ces fusillés dans toute leur diversité d' origine et de chemins de vie qui les ont amenés devant un peloton d'exécution.

     L'enquête a débuté par la consultation d'un épais dossier aux Archives Départementales du Nord. Il s'agit des archives du Service Régional du Service de Recherche des Crimes de Guerre ennemis (S.R.C.G.E) 
Service mis en place par l'Ordonnance du 28 août 1944 sur la répression des crimes de guerre ennemis et la loi du 14 octobre modifiant et complétant l'ordonnance du 28 août 1944. Ce service fonctionnera sous l'égide du Ministère de la Justice entre le 15 octobre  1944 et le 31 octobre 1943. Il sera intégré ensuite au Ministère de l'intérieur puis rattaché au Ministère des Armées en 1948.(*)



     Nous sommes le 9 octobre 1944, Monsieur le Maire de Marquette-lez-Lille écrit au Préfet du Nord  pour l'informer que 50 à 80 personnes fusillées par les Allemands sont inhumées dans différentes fosses sur le territoire de sa commune, près du terrain d'aviation. Les Procès-Verbaux d'exhumation (Sources Archives Municipales de Marquette-lez-Lille) montrent que le premier corps a été exhumé le 27 septembre 1944, 5 autres suivront ensuite avant l'envoi  de la lettre au Préfet.     
    multi-lignes
(*) Sources Archives Départementales du Nord (Fonctionnement du S.R.C.G.E)
Sources Archives Départementales du Nord (Dossier S.R.C.G.E)
Sources fond de carte"cartes.gouv.fr" (1950) - zone présumée des fosses communes. L'aérodrome de Bondues est situé au dessus de la zone entourée en rouge.
"On sait déjà qu'une fosse commune prolonge le petit carré tragique. Elle contiendrait les restes épars de 35 otages de la région et parmi lesquels se trouveraient plusieurs maires ou conseillers municipaux du Nord et du Pas-de-Calais. Détenus à l'école de police, rue Négrier   à Lille, ces otages ont été fusillés le 14 avril 1942, au lieu dit << Le Vert-Galant à Verlinghem >>. Les corps de ces braves étaient amenés à Marquette en camion et jetés pêle-mêle. Des témoins sont d'ailleurs affirmatifs à ce sujet et d'autres tombes comme d'autres fosses s'ouvriront encore héles !"
Sources Mairie de Fenain - Article de presse sur Marquette-lez-Lille - Titre : A 100 m du terrain d'aviation, coin de terre entouré de barbelés. (Date et nom du Journal absents du document)
"Au charnier de Marquette-Lez-Lille

DOUZE VICTIMES ONT ETE IDENTIFIEES

Ainsi que nous l'avons annoncé, le vaste charnier de Marquette a reçu, dans la journée d'hier, la visite de nombreuses familles, venues dans l'espoir de reconnaître parmi les fusillés, le corps de l'un des leurs.

Nous avons assisté à des scènes poignantes, lorsqu'après avoir enlevé le dessus des cercueils, on parvenait à identifier les malheureuses victimes........

......Certaines familles mêmes étaient venues en camionnette et avaient amené avec elles cercueil et linge nécessaires à l'ensevelissement, et, les formalités accomplies, sont retournées, emportant le corps de leur infortuné parent..........

.....Les opérations d'identification se poursuivent aujourd'hui. Il faut espérer que des dispositions seront prises par les services intéressés pour éviter aux familles de patauger dans la boue. 

H.P."

Sources Mairie de Fenain - Article de presse du Journal Liberté du jeudi 30 novembre 1944 - n° 73
Sources SHD Caen - DAVCC - Dossier AC 21 P 525 711 d'Edouard PIETERS - Esther PIETERS épouse VERGOTE est la soeur d'Edouard PIETERS : "J'ai pu le reconnaître à ses vêtements, à un petit mouchoir portant des initiales, et à une petite peau qui lui servait à essuyer ses lunettes et qui portait l'adresse d'un opticien de la rue de Roubaix. Je suis certaine que le corps qui m'a été présenté était bien celui de mon frère.".  César BEUQUE est son cousin :"....J'ai reconnu le corps aux souliers que ce dernier poitait aux pieds et que j'avais mis moi-même dans un colis que sa soeur lui avait fait parvenir..........une cravate et un morceau de sa chemise."
Le 2 octobre 1945, Le Commissaire de Police de Lille, Chef du service des Renseignements Généraux écrit :

"En réponse d'une lettre du 14 septembre 1945 de Mr le Secrétaire Général pour la Police, relative à une demande d'enquête de Mr le Conseiller à la Cour d'appel chargé de l'instruction près de la Cour de Justice de Caen, j'ai l'honneur de vous faire connaître ci-dessous les renseignements recueillis à ce sujet, établis suivant le plan prescrit.
1°) Liste nominative des otages......

....2°) Circonstances des Fusillades

Les otages amenés de toute le région et même de Belgique étaient internés à Lille, au Centre Louis de Gonzague, 26, rue Négrier.
Ils étaient pris parmi les communistes, les juifs, certains condamnés de droit commun, membres de groupes de résistances, personnes arrêtées pour port ou détention d'armes etc... tous qualifiés par les Allemands de "Terroristes".
Après chaque attentat ou acte de sabotage de quelque gravité, un certain nombre d'otages étaient choisis par les autorités allemandes sans que les raisons ayant dicté ce choix soient  en général rendues publiques, et conduit à la Citadelle de Lille ou au Fort du Vert Galant à Wambrechies, pour y être fusillés à titre de représailles.
Quelques heures avant les exécutions, des membres de la Gestapo et de la Feldgendarmerie faisaient évacuer les abords des forts et prenaient toutes mesures qu'aucun civil ne puisse assister de près ou de loin aux fusillades.
Les condamnés étaient transportés sur les lieux par camions militaires et les portes des forts se refermaient sur eux; on ignore la composition des pelotons d'exécutions.....

....3°) Nombre, Identité, Milieu social et politique de chaque victime.

Les renseignements recueillis, dans l'objet de cette rubrique, ont été fournis dans les deux paragraphes précédents. Le milieu social et politique de chaque victime n'a pu être établi étant donne la diversité des cas et le lieu de résidence souvent très éloigné des condamnés.

On peut cependant établir que le choix des autorités allemandes se portait, en général, sur des membres ou sympathisants d'extrême gauche ou parmi des hommes porteurs ou détenteurs d'armes prohibées ou, enfin sur des individus particulièrement soupçonnés de faire partie de groupes de résistance.

L'autorité ennemie se refusa presque toujours de donner les noms et motifs d'exécutions des otages, ce n'est que par renseignements de diverses sources françaises qu'on a pu réussir à dresser un état plus ou moins complet des décès par suite de fusillades.

Ce fut à la suite d'interventions renouvelées des autorités françaises à l'époque, que le quartier général allemand fit, en dernier lieu, des avis annonçant simplement, avec la date, l'exécution d'un certain nombre d'otages....


....Les accusés étaient assistés à l'audience par un avocat d'office - soldat ou sosu-officier allemand plus ou moins interprète. Cette procédure ne cessa qu'au milieu de l'année 1943 où un avocat français parlant l'allemand fut autorisé à défendre les prévenus.....

   Cet intéressant rapport explique assez précisément l'organisation mis en place par les Allemands pour les exécutions mais semble  également limiter les responsabilités des autorités françaises de l'Etat français. Or, dans différents cas, ce sont bien les Préfectures qui fournissent les listes d'otages. La politique de répression de l'Etat français contre les membres du parti communiste, de la communauté juive,  ou des syndicalistes,  (Arrestations, jugements) offrait également de larges possibilités pour établir des listes d'otages.  
Sources Archives Départementales du Nord (Dossier S.R.C.G.E)
Sources Archives famliliales de la famille Pieters - Edouard PIETERS fusillé le 23 avril 1942  (tombe n° 40) - Georges RENARD fusillé le 16 janvier 1942 (tombe n°1)
Sources fond de carte "cartes.gouv.fr "(1950) 
Deux témoignages recueillis en 2018
  Témoin n°1 :

 Jean, mon père, racontait : "....Mon frère 
Paul  et moi étions jeunes et nous travaillions dans nos champs situés en face du fort. Des camions militaires allemands sont entrés dans le fort. On a entendu la fusillade et on s'est caché. Les camions sont ressortis ensuite. Il y avait du sang sur la route, il coulait des camions. Curieux, on est allé voir après dans le fort et on a vu les pieux, criblés de balle, où des gens avaient été attachés....".
  • Témoin n°2 : 

  • "Mon papa voyait les camions qui arrivaient et on entendait ensuite les rafales. Il allait voir ensuite, dans le fort, les poteaux d'exécution où des Résistants avaient été fusillés. " 
  • Sources fond de carte "cartes.gouv.fr (1950)" - 1 : Wambrechies : Fort du Vert Galant   2 : Marquette-Lez-Lille : Lieu-dit "la Briquetterie". Le passage des camions transportant les corps des fusillés se faisant probablement par la ville de Wambrechies pour se rendre sur la rive droite de la Deûle.
        Lettres des fusillés, procès-verbaux des exhumations, procès-verbaux des enquêtes menées en 1946 par le C.R.C.G.E, rapports de police, photos, parcours d'internement sont visualisables par le biais des cartes interactives.

         Deux photos de groupe se révèlent assez exceptionnelles, elles ont été prises pendant les internements. 

        La première au centre des otages de la rue Négrier à Lille (Ecole Saint Louis de Gonzague). La personne marquée d'une croix est René FRANCK, fusillé le 14 avril 1942. Son enfant est devant lui.   L'arbre et la maison en arrière-plan derrière le mur,  permettent de situer le lieu exact dans la cour de l'école où cette photo a été prise.

         La seconde a été prise dans la prison de Louvain en Belgique le 4 avril 1942. Une semaine plus tard Albert DEFONTAINE (1) et Charles RINGEVAL (2) sont fusillés à Wambrechies.
    Sources archives familiales de Monsieur René RENARD, petit-fils de René FRANCK, fusillé le 14 avril 1942
    Sources Mairie de Fenain